CHAP. VI. REDRESSEMENT DB QUELQUES ERREURS
comme ailleurs, il y a des parents assez faibles et assez dépourvus de sens , pour laisser aller leur famille comme bon lui semble ; mais ai-je besoin de dire que ce n'est la faute ni do nos institutions politiques, ui de nos institutions religieuses? D'un autre côté, nous avons des pères, et en bon nombre, qui sont aussi rigides dans le gouvernement de leurs enfants que les Ecossais eux-mêmes. Il en est peu qui ne permettent aux instituteurs d'user de châtiments physiques, et peu d'instituteurs qui ne se prévalent, au besoin, d'user de l'autorisation. 11 n'est pas un de nos collèges d'où l'on hésitât à exclure les jeunes gens turbulents, appartinssent-ils aux hommes les plus puissants de la république, et j'en ai eu la preuve sous les yeux. A l'armée, il est vrai, le bâton n'est plus admis comme punition du soldat, sauf en commutation de la peine de mort; mais si Ton a banni ce genre de châtiment , ou en a conservé de fort sévères , quoique moins dégradants. Quant à la marine, je ne pense pas que nulle part au monde la discipline soit plus stricte. Dernièrement encore, le commandant d'un petit brick de guerre fit pendre trois hommes pour cause de mutinerie, et l'un des trois était le fils d'un des principaux employés du gouvernement. La sentence fut cruelle peut-être , et toutefois l'opinion publique l'approuva généralement. En serait-il ainsi dans un pays où l'on ne connaîtrait pas même la discipline domestique ?
On nous reproche enfin la rudesse de nos mœurs, notre manque de savoir-vivre et de politesse. Il est
facile, en effet, de garnir son calepin de notes piquantes sur les gaucheries et les incivilités des hommes d'une certaine classe ; mais sous cette écorce grossière on trouverait, si on le voulait, des coeurs bienveillants et toutes les qualités qui font le bonheur de ceux avec lesquels on vil. Il est vrai que nous sommes, en général, un peuple nouveau, dont l'éducation n'est pas achevée; mais il y a pourtant quelque étoffe chez nous, et si nous avons encore beaucoup à apprendre, j'espère que nous ne serons point paresseux à imiter ce qu'il y a de bon dans les manières des autres peuples.
4. Reste a parler de Y esclavage. Sur ce point humiliant et difficile, je ne saurais non plus donner beaucoup de détails. Il faudrait un volume pour exposer, non pas tout ce qu'on aurait à dire, mais tout ce qui serait nécessaire, afin d'expliquer aux étrangers le véritable état des choses.
L'esclavage est un héritage maudit que l'Ancien- Monde a légué au Nouveau. L'Angleterre, la France, l'Espagne et la Hollande contribuèrent, toutes pour leur part, à l'introduire dans les pays qui composent actuellement le territoire des Etats-Unis. Plusieurs colonies firent de vives remontrances contre cet ordre de choses. Ce fut en vain : les intérêts du commerce de la métropole allaient avant tout. Quand survint la lutte qui sépara l'Amérique de la Grande-Bretagne, l'esclavage fut un des griefs des colonies. Dans la Déclaration d'indépendance , telle que l'avait d'abord rédigée Jefiferson, il n'y avait pas d'article plus fort
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que celui qui se rapportait à la traite des nègres. « Le roi d'Angleterre, » y était-il dit, «a fait une guerre cruelle à la nature humaine elle-même , en violant les droits sacrés de la vie et de la liberté, dans la personne d'un peuple éloigné qui ne lui avait jamais fait aucune offense; en liant ces malheureux et en les transportant dans une autre hémisphère pour y être esclaves, si toutefois ils ne périssaient pas durant la traversée. Cette guerre de pirates, l'opprobre des puissances infidèles, est la guerre qu'a faite le roi chrétien de la Grande-Bretagne. Décidé qu'il était à tenir un marché toujours ouvert où l'on pût acheter et vendro des hommes, il a avili sa prérogative royale en arrêtant toutes les tentatives que la législation a . voulu faire pour prohiber ou seulement restreindre cet exécrable commerce. Et afin que le tableau ne manquât d'aucune des touches sombres dont il est susceptible, il excite maintenant ce même peuple à s'armer contre nous. C'est lui qui l'a privé de sa liberté , et il l'encourage à la reconquérir en massacrant ceux auxquels il a imposé ce terrible fardeau; payant ainsi les crimes contre la liberté des uns, par le crime qu'il les presse de commettre contre la vie des autres.» Cet article ne passa pas, parce qu'on avait à cœur d'être unanimes, et qu'il rencontra quelque opposition dans l'assemblée.
La guerre de l'indépendance trouva donc l'esclavage établi dans les treize colonies , sans exception. Pendant le cours de cette guerre, ou peu après, les quatre Etals primitifs de la Nouvelle-Angleterre , le
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Massachusels, le New-Hampshire, le Connecticut et Rhode-Island abolirent l'esclavage dans leur territoire. Quelques années plus tard, la Pensylvanie, New-Jersey et New-York les imitèrent : ainsi, plus de la moitié des treize colonies primitives. Lorsque, dans la suite, Vermont et le Maine (Nouvelle-Angleterre) , l'Ohio, l'ïndiana, lillinois et le Michigan devinrent des Etats, ils proscrivirent expressément cette abominable institution. A quoi nous devons ajouter les terri toires de Jowa et deWisconsin. D'un autre côté, six des anciens Etats ont maintenu l'esclavage: le Delaware, le Maryîand, la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud et la Géorgie ; puis sont venus, dans l'ouest et le sud-ouest, sept nouveaux Etats et un territoire, savoir, le Kentucky, leTennessée, TAlabama, le Mississipi, la Louisiane, le Missouri, l'Arkansas et la Floride. De 600,000 qu'était le nombre des esclaves à la fin de là révolution, il s'est élevé à près de trois millions. Quand et comment l'esclavage sera-l-il aboli dans ces treize Etats et ce territoire, c'est ce que personne, hélas ! ne saurait dire.
Quoi qu'il en soit, j'ose bien affirmer que cette transformation ne peut s'opérer paisiblement, par aucune autre voie que par l'influence du christianisme. C'est à lui déjà qu'appartient la gloire d'avoir détruit l'esclavage dans six Etats et de lui avoir fermé l'entrée de sept ou huit autres. On lui doit l'abolition de la traite par les Etats-Unis avant toutes les au Ires nations ; et c'est éclairés par la Bible, que nous avons assimilé ce trafic à la piraterie, et que nous lui infligeons la même peine. Aussi quelque désespérée que paraisse la