‹ De la religion aux États-Unis dÁmériqueChapitre 146 sur 153 · CHAP. VI. REDRESSEMENT DR QUELQUES BUREORS · texte numérisé non relu

CHAP. VI. REDRESSEMENT DR QUELQUES BUREORS

lutte, ne croyez pas que le peuple américain se relire du champ de bataille.

Le noble exemple <fu'a donné l'Angleterre en abolissant l'esclavage ne sera pas perdu pour nous. Il a imprimé une forte impulsion au mouvement moral qui marche d'un pas ferme dans le sein de la communauté américaine. Il faut bien dire que la constitution laissant à chaque Etat le soin de régler l'esclavage de la manière qu'il l'entend, on ne saurait l'abolir d'un seul coup, comme on l'a fait dans les possessions britanniques. Et puis, il est au milieu de nous, et nonpasà dislance. Enfin, ce sont les propriétaires d'esclaves eux-mêmes, ceux dont la fortune entière y est intéressée, qui ont à prononcer; point important que les étrangers oublient quelquefois.

Je suis de l'opinion qu'il faudra de longues années pour effacer de dessus nous cette horrible tache. Cela exigera de la part des hommes de bien de longs et persévérants efforts, avec une abondante mesure de « la sagesse qui vient d'en-haul. » Mais une chose dont je suis parfaitement sûr , c'est que , malgré les imprudences des uns et la froideur ou la timidité des autres, malgré les reproches qu'ils s'adressent mutuellement, et peutêtre avec raison, de relarder l'œuvre, ceux-là en allant trop loin et ceux-ci en ne faisant pas assez, celte lèpre nationale inspire chaque jour un nouveau dégoût, el l'on s'affermit dans la conviction qu'il faut l'extirper le plus promptement possible, en respectant les droits de chacun. Or c'est un acheminement manifeste. Quand est-ce qu'on arrivera? Je l'ignore; mais le

christianisme ne peut manquer de conduire au but. Qu'on invoque avec plus de ferveur le Dieu de nos pères, et sa providence saura#bien nous ouvrir des voies inatteudues.

Si donc on veut remporter la victoire, c'est aux chrétiens des Etats-Unis de livrer celte grande bataille ; et pourtant je n'entends pas que nos frères des autres pays du monde y doivent demeurer indifférents. Je leur propose, au contraire, l'exemple d'un homme excellent, M. Gurney, de la Société des Amis, qui, avec son respectable frère et sa sœur M mo Elisabeth Fry, sont l'honneur de l'humanité. Que beaucoup de philanthropes viennent aux Etals-Unis, animés du même esprit que M. Gurney, et ils y pourront faire un bien immense. Il a traversé tous nos Etats en parlant « de la justice, de la tempérance et du jugement à venir, » et, bien qu'il ne négligeât aucune occasion de plaider la cause des esclaves, partout il fut écouté avec un profond respect par les propriétaires mêmes, car il leur adressait des discours pleins de sagesse et d'amour. Sa mission achevée et de retour en son pays, il adressa à l'un de nos principaux hommes d'état une suite de lettres sur le sujet de l'esclavage, et notamment sur les effets de l'abolition dans les possessions britanniques, écrit qu'on a beaucoup lu et dont l'influence ne peut être que salutaire.

Que nos amis chrétiens nous aident donc comme M. Gurney. Nous avons tout au moins besoin de leur sympathie et de leurs prières. Nous leur demandons aussi de ne pas oublier les difficultés particulières de

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notre position. Qu'ils blâment nos délais et qu'ils stimulent noire zèle, à la bonne heure ! mais qu'ils le fassent dans l'esprit de Christ, non-seulement parce que la religion que nous professons le réclame, mais encore parce que c'est le plus sûr moyen d'exercer quelque influence sur les propriétaires d'esclaves, dont le plus grand nombre, hélas! ne sont pas des hommes pieux. Il est aisé de s'indigner contre nous à raison de l'esclavage, facile également de qualifier en termes durs les torts qu'on nous reproche ; mais c la colère de l'homme n'accomplit pas la justice 'de Dieu.» 11 est, à l'élranger, des individus qui ne voient pas les difficultés de notre position; qui ne veulent pas considérer que l'esclavage se trouve maintenant lié à l'existence d'une moitié environ de notre population, e( qui, en conséquence, imaginent tout simple de demander que les propriétaires affranchissent immédiatement leurs esclaves. Ceseraiten effet une voie sommaire qui serait de toutes la meilleure, pourvu qu'elle fût praticable. De même, si les hommes s'entendaient pour cesser tous à la fois leur révolte contre Dieu et pour lui donner leur cœur, le monde se verrait délivré du péché, sans qu'il y eût besoin de tant de prédications, ni de tant d'autres institutions religieuses qui sont maintenant nécessaires. De même encore, si tous ceux qui s'occupaient, il y a vingt ans, à fabriquer et à débiter des liqueurs spiritueuses, eussent, de leur propre mouvement ou à première réquisition, cessé leur malfaisante industrie, et si tous ceux qui buvaient ces liqueurs eussent de la même manière renoncé.» leurs

pernicieuses habitudes, il n'eût pas fallu tant de travaux et de frais pour combattre l'intempérance. Mais qui ne sent la vanité de ces suppositions? Encore une fois, la destruction de l'esclavage aux Etats-Unis est une œuvre immense ; la plus grande et la plus difficile, je n'hésite pas à le dire, que l'homme ait jamais tentée. Les lumières et la charité de l'Evangile pourront seules l'effectuer ; mais encore faut-il beaucoup de patience et de prudence pour que cela se fasse sans que la paix publique en soit compromise.

Aussi avons-nous souvent éprouvé de la peine en voyant de quel ton nos frères d'Europe parlaient des églises d'Amérique, en ce qui touche l'esclavage. Je ne prétends pas qu'elles aient fait tout ce qu'elles devaient, ni qu'elles sentent un si grand mal autant qu'il le faudrait. Bien plus, il est très-probable qu'il n'est pas de devoir qu'elles soient plus exposées à négliger que celui-ci, par un effet môme de leur position. Mais accuser toutes les églises des Etats-Unis d'approuver l'esclavage, parce que, en quelques endroits du pays, elles se croient obligées de tolérer un mal que les circonstances actuelles ne leur permettent pas de détruire, c'est, qu'il me soit permis de le dire, ce que la charité chrétienne itèî saurai t approuver. Après quoi, accuser toutes les églises d'Amérique, celles de quinze Etals et territoires sans esclaves, comme celles des quatorze Etats et territoires à esclaves, les accuser, dis-je, toutes égaleront de « brigandage * , de c piraterie » , etc. , c'est se rendre coupable de quelque chose d'autre encore que d'un manque de charité.

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