CHAP. VI. CARACTÈRE DE LA PRÉDICATION
gner le gré qu'ils lui savent de sa fidélité. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les faits ne démontrent nullement que les pasteurs moins dépendants de leurs troupeaux, en exercent leur ministère avec plus d'indépendance. La paresse, la négligence de leurs devoirs, et quelquefois un ton de maîtres , voilà, quels sont assez souvent les tristes effets de leur position, d'ailleurs si fausse, bien loin qu'elle leur assure la liberté d'action dont le ministre de Jésus-Christ doit jouir. J'ajouterai, pour ce qui nous concerne, que la grande majorité des Américains qui se rattachent au culte évangélique, préfèrent de beaucoup un pasteur fidèle à tout autre , ne fussent-ils pas eux-mêmes convertis. Ils comprennent l'importance infinie de la religion, et ils sentent toute la différence qui sépare un homme prêchant des « choses agréables, » de celui qui annonce fidèlement «le conseil de Dieu. » Non-seulement leur conscience ne saurait les approuver l'un et l'autre , mais encore ils savent très-bien quel est celui des deux qui peut réellement leur être, une fois, en secours pour le salut de leur âme. Et puis , toutes choses égales d'ailleurs , le ministre qui prêche fidèlement Jésus-Christ crucifié, est sûr, après tout, d'intéresser d'une manière plus durable que celui qui ne le fait pas. Quel sujet en effet pourra-t-on jamais comparer à l'amour de Dieu envers les pécheurs, et au don qu'il leur a fait de son Fils pour leur procurer une rédemption éternelle?
A tout ce qui précède, je dois ajouter que la prédication américaine est éminemment pratique. Il faut que le fidèle croisse dans la grâce et dans la connais-
sance du Seigneur, qu'il vive pour Dieu et pour le salut de ses semblables. Depuis quelques années surtout on insiste fortement là-dessus. On fait comprendre aux chrétiens que , dans toutes les positions données, ils doivent étendre le salut au près et au loin, par leurs discours, par la sainteté de leur vie et par des sacrifices personnels. Grâce a Dieu , ces prédications n'ont pas été stériles, et Ton peut hardiment leur attribuer le zèle croissant des fidèles d'Amérique pour l'extension du règne de Dieu.
Enfin ce qui caractérise la prédication de nos pasteurs, c'est qu'ils proclament avec force l'œuvre du Satni- E&prit. Je ne crois pas qu'il y ait eu dans les églises d'Amérique , depuis cinquante ans , ou pour mieux dire depuis un siècle, de pensée plus dominante que celle de l'importance des offices et de l'œuvre de l'Esprit-Saint. Un des sujets sur lesquels la prédication revient le plus souvent, c'est le besoin qu'a le monde d'un renouvellement par l'Esprit de Dieu, l'indispensable nécessité que cet Esprit agisse de concert avec la Parole et avec les autres moyens de grâce , et enfin la promesse qu'en a faite le Seigneur lorsqu'il entra dans sa gloire , promesse de miséricorde scellée par le sang répandu sur la croix.
A ce trait essentiel de la prédication américaine et à la foi qu'il suppose ou manifeste, se rattachent ordinairement les réveils religieux dont nous avons maintenant à parler. C'est un sujet vaste et important tout ensemble. Resserré dans le cadre le plus étroit, peutêtre encore s'effraiera-t-on du grand nombre de pages
que nous y consacrons ; mais que le lecteur modère son impatience et nous espérons qu'il ne regrettera pas le temps qu'il aura mis à cette portion du livre.
Que Dieu daigne hâter le moment où « l'économie » du Saint-Esprit » sera mieux comprise et plus appréciée par toute la chrétienté qu'elle ne Test maintenant, et où les dons de l'Esprit, richement accordés à toutes les églises, y répandront en abondance la lumière, la vie et la sainteté! Nulle part, me semble* t-il, le Saint-Esprit n'est honoré comme il devrait l'être, et comme il faut qu'il le soit pour que le monde se convertisse. C'est ce qui est vrai des églises évangéliques, môme les plus florissantes. Quant aux autres et aux catholiques romains pris en masse , on dirait, hélas! qu'ils n'ont pas même «entendu dire qu'il y ait » un Saint-Esprit. »