LIV. V
partie dans le caractère et les circonstances des premiers colons. C'étaient, nous l'avons dit, des puritains anglais qui avaient souffert de rudes persécutions à raison de leur foi, et qui avaient fui dans les déserts pour y professer librement leurs principes, avec tout le développement dont ils étaient susceptibles.
Le point dominant de la controverse qui s'agitait entre nos pères et le gouvernement anglais, c'était la liberté de conscience, le droit de se faire prêcher l'Évangile dans toute sa force , sans l'intervention du pouvoir humain et sans aucun mélange des doctrines de l'homme. Pour s'assurer ce privilège ils firent volontairement la perle de < toutes choses », et il n'est pas étonnant qu'ils aient continué d'y attacher le plus grand prix. Aussi pouvons-nous donner comme un des traits caractéristiques des premiers colons de la Nouvelle-Angleterre, leur zèle pour le culte public, et la conûance qu'ils avaient en la prédication de la Parole, comme au moyen principal qui, sous la bénédiction de Dieu , devait convertir leurs enfants et les gens de leur maison. D'une rigidité sévère dans la direction de leur famille, ils obéissaient littéralement à celte ordonnance du Seigneur : « Tu inculqueras 9 ces choses à tes enfants, et tu en parleras quand tu » te tiendras dans ta maison , quand tu te mettras en » chemiu, quand tu te coucheras et quand tu te Iè- » veras; > mais ils sentaient toutefois que rien ne pouvait remplacer la prédication de la Parole « dans la grande assemblée. » C'est là, pensaient-ils, que la vérité, secondée par les plus vives sympathies et par le
sentiment solennel de la présence divine, devenait, sous l'influence du Saint-Esprit, « la puissance de » Dieu pour le salut » des âmes. Leurs habitudes et leurs institutions publiques se ressentirent fortement de cette conviction. Au lieu de plantations éparses, comme celles des colons du Sud, ils se groupèrent autour de leurs maisons de prières et formèrent ainsi des villages; ils eurent deux conducteurs spirituels pour chacune de leurs églises naissantes; ils fondèrent des collèges dans lesquels les jeunes gens se pussent préparer au saint ministère, ils instituèrent un enseignement religieux où Ton se rendait régulièrement un jour par semaine, de six à huit milles à la ronde; en un mot, ils multiplièrent les services publics le plus possible et la prédication en faisait toujours la portion essentielle.
Ce qu'il y a de remarquable encore dans les colons de la Nouvelle-Angleterre, c'est la foi qu'ils avaient en l'efficace de la prière. Les puritains anglais ne l'envisagèrent jamais comme un simple canal par lequel coule la grâce, mais, ainsi qu'elle Test réellement, comme un moyen de toucher Dieu, et d'obtenir de lui ce qu'autrement il n'accorderait pas. Non content de penser que des bénédictions en quelque sorte générales récompenseraient infailliblement leurs prières, ils attendaient avec confiance que Dieu les exauçât d'une manière spéciale, selon leurs besoins du moment. Nos ancêtres apportèrent dans leurs déserts cette foi puissante. Elle fut leur force et leur consolation quand la famine, les épidémies et les guerres des sauvages