LIV. V
les menacèrent de la destruction. Plus d'une fois, leurs cris à Dieu reçurent des réponses extraordinaires ; plus d'une fois le bras de l'Étemel se déploya pour leur délivrance, d'une manière non moins remarquable que s il eût agi par de vrais miracles. Aussi peuton dire que l'esprit des chrétiens de la Nouvelle-Angleterre était au plus haut point un esprit de prière. Quelles que fussent leurs circonstances, ou celles de leur famille et de leur église, ils assiégeaient le trône de la grâce avec l'assurance d'être entendus.
Pour comprendre comment ces deux traits caractéristiques des chrétiens de la Nouvelle-Angleterre durent faciliter les réveils religieux, il n'y a qu'à se représenter ce qui se passe lorsque, dans une église quelconque, il se fait un de ces mouvements dont on a dû être témoin partout où l'Evangile est fidèlement annoncé. Une alarme soudaine donnée par la Providence; une calamité publique qui, pour un moment du moins, désenchante de ce monde; un sermon frappant, quelques exemples de conversion subite, viennent saisir les consciences et réveiller chez plusieurs h la fois le sentiment de leurs péchés et du danger qui les menace. Quelle grâce alors pour un ministre du Seigneur s'il se sent assisté par les prières ferventes des vrais membres de l'église, et s'il peut réunir les autres autour de lui en de fréquentes assemblées, pour les maintenir dans la contemplation deschoses divines, loin des bruits du monde et devant la présence de l'Eternel ! N'esl-il pas vrai que, de la sorte, l'intérêt pour la religion pourrait bien devenir
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universel au sein de la congrégation, qu'il pourrait s'élever même à quelque chose de plus qu'à un simple intérêt; que le Saint-Esprit pourrait produire en beaucoup de cœurs une vive componction et les transformer à l'image de Dieu ? N'est-il pas vrai qu'en peu de semaines ou de mois il pourrait se faire plus de choses pour le salut des âmes, qu'il ne s'en fait en temps ordinaire durant des années? Or, que serait tout cela, si ce n'est un réveil religieux, et une effusion du Saint-Esprit accordée aux prières et aux efforts du peuple de Dieu?
Telle est l'histoire de la Nouvelle-Angleterre. La prière et la prédication furent les principes vivifiants des institutions de nos ancêtres; la prière adaptée à leurs circonstances spéciales et accompagnée d'une parfaite confiance; puis une prédication claire et pénétrante, qui roulait sur les doctrines de la grâce, ces doctrines si propres à humilier l'homme , en l'élevant à Dieu, et qu'on vit, dans tous les temps, pleines de puissance pour « abattre les forteresses de Satan.» Ajoutez encore qu'à l'origine de leurs établissements, ils formaient un monde à part. Leur pauvreté même et leur situation isolée les privaient des jouissances de la vie qui, daus uu état social plus avancé, absorbent le cœur des hommes non-convertis. Ils avaient tous une même foi. Nul d'entre eux ne songeait à nier la nécessité de l'œuvre du Saint- Esprit; et, par une éducation religieuse commencée de bonne heure, leurs enfants s'étaient préparés à subir les saiqles infligées de la grâce de Dieu. Qu'il était
naturel alors, et dès que la multitude semblait devenir plus sérieuse, de multiplier les moyens d'édification, de se presser avec un nouveau zèle autour du trône des miséricordes, d'exhorter les membres de sa famille à saisir l'occasion favorable pour c affermir leur élection et leur vocation, » de mettre autant que possible de côté toute affaire et toute distraction , de concentrer enfin l'attention des communautés entières sur un seul objet, je veux dire sur le salut des âmes ! Quoi de plus naturel ensuite que ces travaux et ces prières aient été bénis d'en-Haut, que la vérité prêchée en de telles circonstances ait été «comme un feui et «comme un marteau qui brise la pierre, » que l'Esprit-Sainl se soit communiqué largement; qu'il y ait eu, en un mot, dans nos contrées de fréquents réveils religieux !
Le célèbre Jonathan Edwards, auteur du Traité sur le libre Arbitre, rapporte que son grand'père, qui fut avant lui pasteur de Northampton ( Massachusels), eut la joie de voir, duranl les quarante années de son ministère, cinq manifestations pareilles de la grâce de Dieu. C'est ce qu'il appelait ses moissons. Il dit encore que son père vit quatre ou cinq de ces réveils parmi le peuple qui lui était confié, et il ajoute qu'il eu fut de même pour un grand nombre de ministres d'autrefois. En conséquence on ne saurait dire proprement à quelle époque commencèrent les réveils religieux de la Nouvelle-Angleterre : ils datent d'aussi loin qu'elle-même.
Quelques-uns des Etats plus au sud furent en partie
CHAP. VII
colonisés par des presbytériens de l'ouest de l'Ecosse et du nord de l'Irlande, qui avaient aussi essuyé des persécutions. Ils y apportèrent en somme un esprit pareil à celui de leurs frères de la Nouvelle-Angleterre ; et puis, ils avaient le souvenir encore frais de phénomènes semblables dont leur pays natal avait été le théâtre; de sorte qu'ils pouvaient bien, sans présomption, solliciter ces grâces du Saint-Esprit en faveur de leurs jeunes églises. Aussi en jouirent-elles de bonne heure, et c'est ainsi qu'elles léguèrent à leurs descendants ce qu'on pourrait appeler Yesprit des réveils.
Il paraît que les réveils dont nous avons parlé tout à l'heure, eurent généralement quelque chose de calme et de peu bruyant; il arriva rarement que deux congrégations voisines l'une de l'autre en fussent favorisées à la fois. Mais, l'an 1735, les choses prirent une tournure différente. L'effusion du Saint-Esprit se fît avec plus de puissance et plus d'extension» Durant cette année et la suivante, il y eut, dans une portion considérable du pays, de grands mouvements, auxquels on donna pour la première fois le nom de
Celui dont je parle prit naissance à Northampton , par l'effet des prédications de Jonathan Edwards. A cette époque, et malgré les réveils précédents, il y avait dans cette ville, et en général dans la Nouvelle- Angleterre, un déclin religieux très-alannant. On avait insensiblement adopté l'usage funeste d'admettre à la pleine communion de l'église tout individu