LIVRE XIII, CHAPITRE IV
moration des bouleversements de la nature occupe une place importante. Dans les mystères , ces convulsions formidables sont retracées sous l'emblème de Vulcain, précipité deux fois du ciel dans la mer, se livrant durant neuf années à des travaux souterrains , et réconcilié avec l'Olympe par Bacchus qui l'enivre, et qui, monté sur l'âne mystique, sauve delà destruction le feu central ou l'ame du monde (i). Le massacre du même Bacchus figurait, dans les Dionysiaques, les révolutions physiques(2). Aux dogmes scientifiques se joignirent successivement des fragments de théogonies et de cosmogonies (3). Silène présente à Bacchus
■ (i) Aristid. in. Bacch, p. 29.
(2) V. dans Creutzer des détails sur l'introduction des six âges du monde dans les cosmogonies orphiques. A chacun de ces âges présidait un dieu différent, Phanès, la Nuit, Uranus, Saturne, Jupiter et Dionysus. On reconnaît dans Jupiter Un point où se rencontrent, mais sans se mêler, la religion populaire et, la cosmogonie orphique. (Creutz., III, 3î5-3a7.)
(3) La cosmogonie orphique enseignée dans les mystères est tout-à-fait empruntée des cosmogonies sacerdo-
l'œuf cosmogonique : cet œuf est, dans les mystères comme en Phénicie, le grand tout
laies. Au commencement était le chaos, incommensurable, incréé. (Clem. , Recogn. , XI.) Avec lui habitait le temps éternel, principe de toutes choses. (Simplicius in Phys. Arist. ) Il contenait le germe de tous les êtres, toutes les qualités, tous les éléments, mais en masse informe. t)e-là naquit l'Ether ( Suidas , voce Orph. ) que jusqu'alors la nuit entourait de toutes parts , et qui s'élançant de l'abîme sans fond fit briller sur la nature un rayon d'une clarté ineffable. Ce rayon , le plus ancien, le plus sublime des êtres, est le dieu à la connaissance duquel nul ne peut s'élever, qui renferme tout dans sa substance , et qu'on appelle l'intelligence , la lumière et la vie, trois mots qui ne désignent qu'une essence unique. Le chaos prit ensuite la forme arrondie d'un œuf monstrueux, d'où sortit, après bien des siècles, Phanès le grand tout, l'éclatant Hermaphrodite, avec la figure d'un dragon et deux têtes de lion et de taureau. Des deux portions de l'œuf brisé par Phanès, l'une devient le ciel et l'autre la terre. ( Athenagob. pro Christ.) Ces deux jumeaux s'unissent et engendrent les trois Parques et. la Destinée. Ici se placent les fables des Centimanes , des Cyclopes, des Titans et delà mutilation de Saturue, et l'on démêle la relation de cette cosmogonie avec la mythologie d'Hésiode, puisque Saturne est chassé par Jupiter. Mais cette mythologie, malgré les noms grecs qui s'y introduisent, n'est rien moins que grecque dans son esprit. Jupiter viole