‹ De la religion (volume 2)Chapitre 25 sur 109 · LIVRE XIII, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, CHAPITRE IV

l'Olympe; puis séparant du corps le phallus, qu'ils portent en Toscane (i), ces deux Corybantes, disons -nous, forment une trinité samothracienne avec ce Dieu qui s'incarne, et que ses adorateurs invoquent, les mains rougies de sang, en mémoire de sa mort (2). Pour faire ressortir mieux encore l'identité de ces dogmes et de ceux des nations sacerdotales, arrêtons-nous un instant sur le symbole des coupes et du miroir, symbole qui a servi de texte aux allusions d'Aristophane (3) et à l'éloquence de Platon (4)- Le Demiourgos, Bacchus, le Créateur et le Rédempteur a deux coupes. L'une est la coupe de l'unité; en elle l'âme du monde a été formée. L'autre est la coupe de division, d'où sortent les âmes partielles, condamnées à la naissance et à la renaissance. Elles ne sauraient échapper «à l'individualité , soit parce qu'elles doivent coopérer à l'ordonnance ou à la conservation de cet univers, et qu'elles n'ont point encore

(1) Ci.emens, Protrcpt., p. i5.

(1) Firmicus, de erro'r. prof, relig. , cap. ia.

(3) Amstoph. Ranae , i54-3ai-39o.

(4) Platon , Phédon.

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pris part à cette tâche commune (i) ; soit parce qu'ayant habité déjà ce monde, elles ont commis des fautes et renaissent dans des corps pour les expier ; soit parce qu'une fatale curiosité les a entraînées (a). Elles ont jeté un coup d'œil sur le miroir mystérieux. Le Demiourgos aussi s'y était contemplé; il y avait vu son image, et le désir de créer l'avait saisi. Les âmes s'y regardent : une ardeur insensée d'individualité les trouble et les égare. Elles veulent savoir ce qui se passe hors de l'enceinte céleste; elles veulent exister par elles-mêmes, volonté folle, car l'individualité n'est qu'un déchirement. Elles prennent leur vol vers la terre (3); elles boivent dans la coupe de l'oubli, s'enivrent: le souvenir de leur noble origine les abandonne, et de plus en plus elles s'enfoncent dans la matière (4). Les meilleures résistent long -temps à la tentation funeste; elles agitent leurs ailes

(i) On les appelait les âmes nouvelles, vgoreXeïî. (a) Celse dans Origène, VIII.

(3) Plotiw , Ennead., IX, 3, 12: Proclus , in Plat. Tim.

(4) Màcrob. , Somn. Scip. ; Creutz., Dionys. I, 90.

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