LIVRE XIII, CHAPITRE IV
au haut des cieux (i), se tenant éloignées des corps, pour n'y être pas précipitées. Cédant enfin, elles se recommandent à leur bon génie qui les protège, et qu'elles comprennent malgré la distance. Elles ne boivent qu'avec mesure de la coupe enivrante, et conservent un peu de mémoire de leur état antérieur. Les moins pures s'attachent à la terre, Heu de misère, qui leur paraît plein de charmes. Elles n'écoutent plus la voix du démon tutélaire (a). Leur corps devient un fardeau épais et lourd, mais qu'elles chérissent. Elles ressemblent au poisson Glaucus qui, dans les gouffres de la mer, attire à lui les coquillages, les pierres, les plantes , s'en enveloppe , se les identifie et reste accablé sous le poids (3).
Toutefois, le retour est ouvert à ces âmes misérables. Le Demiourgos, dans sa pitié, ne veut pas que leur dégradation soit sans terme (4)> La mort, dieu bienfaisant, commence leur délivrance, l'es affranchit de leur ancien
i) Platon, Phaed.; Plot. Ennead., IV, 1-8.
(2) Hermijls , ad. Plat. Phaed.
(3) Procl. , de Amina et Dsemone.
(4) Plotin, Ennead., IV, 3-ia.
5o Dli LA RELIGION,
mal (i), leur offre la coupe de la sagesse (a). Si elles y boivent, l'égarement se dissipe, le désir du retour s'éveille; mais il ne suffît pas De nouvelles apparitions dans ce monde, des migrations (3), des purifications sont encore nécessaires. Les mystères hâtent ces migrations , rendent ces purifications plus efficaces , accordent aux vivants, avant le trépas et sur ce globe, ce qu'ils n'obtiendraient qu'après la mort, dans les- enfers. Tous ces symboles, les coupes, le miroir, l'égarement des âmes trompées, la répugnance, puis l'amour, puis de nouveau la fatigue de l'individualité, la terreur de la renaissance , les efforts afin d'y échapper, le sacerdoce aidant à ces efforts par des révélations , des lustrations , des péni-
(t) Leur ancien mal, leur penchant pour l'individualité, ternie technique dans les mystères.
(a) Ceux qui ont bu dans cette coupe, dit Mercure Trismégiste (Monas, § 4), quoique nés mortels, deviennent immortels. Leur esprit saisit ce qui est sur la terre, dans les mers, au-dessus du ciel. Ils contemplent le bien, et comme ils ont choisi le meilleur, ils deviennent dieu.
• (3) On peut se rappeler que Pindare exige trois transmigrations, pour que les anies parviennent à la félicité. (Olymp.,11,23.)
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tences et des prières; la délivrance définitive, le bien suprême consistant à ne plus rentrer dans un corps mortel (i), le ciel reconquis, le Demiourgos recevant les exilés dans son sein, d'où jamais ils ne doivent ressortir; toutes ces notions sont égyptiennes, persanes, et surtout indiennes (2).
Le miroir mystérieux est le pendant de la Maya de l'Inde , et il est à remarquer que Proserpine, en sa qualité de créatrice ou de nourrice des êtres individuels, est aussi appelée Maya (3).
En même temps, ces dogmes sur lés âmes, sont liés avec le système que Bacchus est le
(1) Nous connaissons par Proclus (in Plat. Tim.), la prière orphique, tendant à fermer le cercle, à respirer après l'angoisse, c'est-à-dire à ne plus rentrer dans un corps mortel.
(a) Un rapprochement assez singulier et qui mëritr quelque attention , c'est qu'on retrouve dans la- mythologie du pays de Galles le»pendant de la coupe de l'unité, où le Demiourgos broie les éléments de l'univers; la coup< de Céridwen réunit les substances qui composent tous les êtres. Il se pourrait aussi que là coupe du saint Graal , qui contenait le sang de J.-C, et qui est célèbre dans nos romans de chevalerie, fut une réminiscence des coupes mystiques.
(5) Porphyr. de Abst. , IV, 16.
soleil, d'où résulte une double explication , astronomique et métaphysique, et le système astronomique, par une suite de subtilités que nous omettons , s'applique de nouveau à la destinée des âmes.
Sous un certain rapport, cette doctrine épuratoire, tant des religions sacerdotales que des mystères, a quelque chose d'assez beau; mais n'oublions pas que, d'une part, elle n'empêchait point les prêtres, partout où ils dominaient, de tenir leurs esclaves dans l'abrutissement et dans l'ignorance, et que, de l'autre, elle a été embellie par l'imagination grecque, dont le sacerdoce de la Grèce ne pouvait , malgré ses efforts, toujours se défendre.
Enfin, tous les anciens parlent des austérités , des tourments volontaires , que s'imposaient les initiés, ou ceux qui aspiraient à l'initiation. Des jeûnes précédaient la célébration des Thesmophories.Les récipiendaires aux mystères d'Isis devaient s'abstenir pendant dix jours de tout aliment qui flattât leurs sens , de la chair de tout animal, et de tout autre breuvage que l'eau (i). Dans les solennités de Gérés Éleusine, à Phénée en Arcadie, l'hié-
(i) Apul., Met, XI.