LIVRE XIII, CHAPITRE IV. f
rophante frappait à coups redoublés sur les assistants (i), comme'les prêtres d'Isis , à Busiris en Egypte (2). Quatre-vingts degrés d'épreuves étaient nécessaires pour participer aux Mithriaques (3). Les candidats, affaiblis par la faim, déchirés de verges, couverts de fange, plongés dans des bourbiers impurs, ou jetés dans une eau glacée, étaient livrés penT dant plusieurs jours ou même plusieurs mois à des supplices qui mettaient leur vie en danger (4). Ces pratiques ne sauraient manquer de nous rappeler le dogme de la sainteté de la douleur, que nous avons vu consacré dans le polythéisme sacerdotal , et dont nous avons tâché d'expliquer la source et la nature ; et remarquez bien que, dans les mystères ainsi que dans les religions sacerdotales, les dieux imitateurs des mortels aspirent comme eux à la sanctification par les tortures: ils se muti-
(1) Pausan., Arcad., i5.
(a) Hérodote, II, 61.
(3) Julien , cité par Wagner, p. aîg.
(4) Justin martyr. Apologet., I, 86; Nonnus apud Gregor. Nazianz., p. i3i-i45. V. pour d'autres détails sur ces austérités, Méra. de l'Ac. des inscr., V, 117 122.
lent comme leurs prêtres (1), et tandis que la croyance populaire n'avait attribué ces mutilations qu'à des dieux en-dehors de la mythologie nationale, le sacerdoce les attribue, dans ses confidences , à des divinités adorées par le peuple. Jupiter, disait -il aux initiés, s'était mutilé lui-même , dans son repentir d'avoir violé Cérès (a). Esmoun qui, en Phénicie , fatigué de l'amour de la déesse Astronoé , avait abjuré son sexe, commet le même attentat dans les mystères de Samothrace, et devient le huitième desCabires, qui, sous le nom d'Esculape ou de Pœan, préside à la médecine- Le dogme d'un dieu mort et ressuscité, dogme qu'enseignent sans exception toutes les religions sacerdotales, contrastait tellement avec les conceptions grecques, que les Cretois qui montraient dans leur île le tombeau de Jupiter (3), furent accusés de mensonge par toute la Grèce(4); et la tradition dont ils avaient
(i) V. pour le dieu qui se mutile dans les mystères de Samothrace, Crectz. , II, 336.
(2) Clem. Alex , Protreptr.
(3) Meursius , in Cretâ.
(4) Cette prétention des Cretois fut l'origine du proverbe connu, que les Cretois son? menteurs.