‹ De la religion (volume 2)Chapitre 29 sur 109 · LIVRE XIII, CHAPITRE IV. S · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, CHAPITRE IV. S

nuations obscures , semées çà et là dans les anciens , rendent assez probable que des hommes indignés du joug des rois, formèrent à l'imitation des mystères, ou dans les mystères, des sociétés secrètes pour le renversement de la tyrannie (i).

Ce n'est pas tout.

Nous avons montré les opinions incrédules devenant une partie de la doctrine secrète des prêtres dans les pays soumis à leur empire, mais restant toujours cachées aux profanes. Cela se pouvait d'autant mieux que dans ces contrées les prêtres composaient seuls la classe éclairée.

Dans le polythéisme indépendant, au contraire, une classe éclairée existait à côté du sacerdoce. Il ne se sentait pas assez fort pour se maintenir, comme ses collègues de l'Egypte ou des Indes, dans une position isolée, dans un camp retranché, pour ainsi dire; il était

(1) Plutarque est très-curieux à lire sur ce sujet. Les initiés dans les mystères de Mithras, dit-il, espéraient une république universelle et le retour de l'âge d'or. Tout le genre humain ne devait plus être qu'une seule famille. Une égalité fraternelle devait régner; il devait y avoir communauté de biens et unité de langage.

en présence d'une société qui , n'étant pas subjuguée par lui, examinait ses droits et contestait ses prérogatives. Les mystères lui fournissaient un moyen d'appeler les profanes à son aide, et d'en former un corps d'auxiliaires en se les attachant par des révélations ; mais il fallait que ces révélations fussent importantes. Il ne s'agissait pas de captiver un vulgaire stupide, détourné de toute méditation par des travaux sans relâche, dont les facultés étaient resserrées dans un cercle étroit par l'institution des castes , et qui venait assister à des cérémonies dont ses yeux étaient éblouis et dont son esprit ne recherchait pas le sens; c'étaient des hommes versés dans toutes les sciences, habitués à la réflexion, des hommes que révoltait la grossièreté ou la licence des fables populaires , et qu'il fallait réconcilier avec leurs imperfections apparentes.

Les doctrines philosophiques avaient pénétré trop profondément dans l'esprit des Grecs pour n'avoir pas attiré l'attention du sacerdoce. Il dut se conduire à leur égard comme il s'était conduit envers les religions étrangères. L'histoire nous le montre en effet, poursuivant en public la philosophie, et s'enrichissant

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