LIVRE XIII, CHAP1TRJ IV
en secret de ses dépouilles. Les différents systèmes de philosophie devinrent simultanément, mais séparément, partie des mystères.
Tous ces systèmes étaient subversifs de la croyance publique. L'irréligion s'introduisit en conséquence dans les institutions destinées à frapper les hommes d'une terreur et d'un respect . religieux. Non -seulement les apor théoses des héros déifiés furent révoquées en doute, mais ce doute se porta jusque sur la divinité des dieux supérieurs : tantôt on enseigna, comme Évhémère, que ces dieux n'étaient que des mortels; tantôt , comme Varron , qu'ils n'étaient que les éléments personnifiés. Les anciens , dit ce dernier ( i ) , ont tellement arrangé dans les mystères les simulacres, les marques extérieures et les ornements des dieux, qu'on y reconnaît au premier coup d'ceil L'aine du monde, et ses parties, les véritables divinités. '
Le dualisme , élément essentiel du polythéisme sacerdotal, était l'une des explications des Éleusiniesf2). On célèbre, dit Ju-
(i) Ap. A.CGUST., Civ. Dei , VII, 5.
(2) Dio. Chrys. orat. , 12; Tbémist. Or., 2. Toutes
Go DE LA RELIGION,
lien (i), ces cérémonies augustes à l'équinoxe d'automne , pour obtenir des dieux que l'ame n'éprouve point l'influence maligne de la puissance ténébreuse qui va prévaloir dans la nature; et la fable qui dit que Vénus, ayant voulu prendre là place de Minerve et travailler comme elle, sentit le fil se casser sous ses doigts, indique la corruption de la matière, résistant à la main du créateur (a). La même hypothèse se reproduisait dans les Mithriaques (3).
Le théisme (4) dépeupla le ciel de ses innom-
les fables des mystères , dit Creutzer , font allusion, entre autres choses, à la lutte du bien et du mal. (IV,
(1) Orat., V.
(2) Nonn., Dionys., XXIV.
(3) Mém. de l'Ac. des inscr., XXXI, 42I-422* Act. disput. Archel. et Manet, ap. Zacagni Mon mn. Eccles. Gr. et Lat., p. 62-63.
(4) M. de Sainte-Croix rejette l'idée que l'unité de Dieu fût enseignée dans les mystères : mais tous ses arguments n'ont de force qu'en les supposant dirigés contre une doctrine unique et la même. Ils n'en ont point contre le théisme, révélé séparément et sans entraîner l'exclusion de révélations toutes différentes. Le théisme, dit cet écrivain, enseigné secrètement, étant contradictoire avec la religion publique, aurait fini par renverser le*