‹ De la religion (volume 2)Chapitre 33 sur 109 · LIVRE XIII, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, CHAPITRE IV

unique, ni même à aucune époque le but général des mystères.

Deux motifs engageaient les prêtres à recevoir dans leur doctrine cachée, des opinions qui chaque jour acquéraient plus de crédit : d'un côté l'intérêt de leur ordre, de l'autre l'amour-propre individuel.

En laissant entrer la philosophie dans les mystères, ils la rendaient plus indulgente pour les pratiques extérieures qu'il leur importait de conserver. Luttant au-dehors contre ses progrès, ils transigeaient secrètement avec elle. Ils la désarmaient en l'adoptant. Ils se flattaient de s'en faire une alliée, en lui conférant le privilège de l'initiation. Les privilèges corrompent communément ceux qui les reçoivent. Ce n'était donc pas un mauvais calcul pour le sacerdoce que de s'associer une classe redoutable , en reconnaissant que dans la réalité rien n'était moins éloigné de la philosophie que la religion bien expliquée. Il ajoutait ensuite que ces explications devaient être soigneusement dérobées au peuple ; et le cœ inhumain recèle je ne sais quel orgueil insolent et absurde qui persuade à chaque individu qu'il possède seul une raison suffisamment V. S

forte pour ne pas abuser de ce qu'il sait. Chacun pense que les autres seraient éblouis par la lumière qui ne fait que l'éclairer. Ainsi les prêtres qui, par état, proscrivaient l'irréligion, cherchaient par politique à l'enrôler sous leurs étendards, en ne lui demandant pour prix du traité que le silence.

En même temps l'amour-propre individuel favorisait la transaction entre l'incrédulité et les mystères. Les prêtres sont soumis, comme tous les hommes, à l'impulsion irrésistible imprimée par la nature à l'intelligence humaine. Lorsque le doute s'est glissé dans les esprits, il se fait jour dans l'ordre sacerdotal (i); or, les opinions et surtout la vanité sont plus fortes que les intérêts. N'avons-nous pas vu, vers la fin du dernier siècle, l'incrédulité professée par les ministres des autels (*)?

(i) Quelque libre que paraisse l'opinion de chacun, dit un homme de beaucoup d'esprit, M. de Bonstetten, elle est à la longue toujours entraînée dans la direction de celle de tous.

(2) Je me rappelle à cette occasion un article inséré dans le' Publiciste , il y a bien des années, par un dei

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