LIVRE XIII, CHAPITRE VI
fond dans le panthéisme , le dualisme , l'athéisme, tous ces dogmes persans, égyptiens, indiens, furent consignés dans les mystères des Grecs. Ils furent à la fois l'apocalypse et l'encyclopédie sacerdotale, et leur langage fut souvent mot à mot celui des cultes qui leur avaient servi de modèle.
On .objecterait à tort la résistance des prêtres grecs contre les prêtres et les dogmes étrangers. Les individus purent bien lutter contre les individus, c'est-à-dire les prêtres grecs purent invoquer, contre les invasions du sacerdoce étranger qui allait sur leurs brisées, la sévérité des lois , et même repousser ses dogmes et ses rites de la religion publique; mais'les rites et les dogmes, ainsi repoussés, étaient transportés dans les mystères , et tous les dogmes sacerdotaux y étaient accueillis et consacrés.
Les prêtres du polythéisme indépendant que professait la Grèce, ne différaient de ceux de l'Orient et du Midi que par le succès, non par les efforts. Les uns et les autres tendaient au même but ; mais les premiers, limités dans leur puissance, ne disposaient que de la partie secrète de la religion. Les seconds, tout-puis-
sants, disposaient sans réserve de la religion entière. Les premiers, en conséquence, transportèrent dans les mystères tout ce qui caractérisait le polythéisme sacerdotal , et s'y créèrent autant qu'ils le purent un domaine particulier, pour se dédommager de l'empire que la société civile leur disputait. Les mystères furent la propriété du sacerdoce H dans le polythéisme dont le sacerdoce n'avait pas la propriété.
De ces dogmes et de ces rites , dont ils s'enrichissaient successivement , aucun n'était remplacé par l'autre, tous coexistaient; et non-seulement ils coexistaient , quelque contradictoires qu'ils fussent, mais chacun d'eux était lui-même formé de plusieurs éléments incohérents et hétérogènes (i). Lesdoc-
(i) Nous trouvons dans les mystères de Samoihrace, i° un système d'émanation assez pareil à celui de l'Inde : Axieros,lepremierdesCabires, était l'unité d'où émanaient tous les dieux et tous les êtres ; 2° un système astronomique, où les astres étaient divinisés, et qui pouvait être venu d'Egypte; 3° une combinaison de ce système avec des pierres animées par les astres et soumises à leur action, notion étrusque, qui établissait entre i'astrolâ-