LIVRE XIV, CHAPITRE II. |jg
disaient descendus. On lui attribuait la découverte de tous les arts, le mérite de toutes les institutions civiles et religieuses.
Ce nom identique, désignant à la fois plusieurs périodes de l'état social et plusieurs individus qui se sont succédé à de longs intervalles , a induit la plupart des écrivains , occupés du sujet que nous traitons, dans une erreur fâcheuse (i). Ils n'ont pas réfléchi que s'il s'agissait des époques , la religion de chacune pouvait avoir été différente, et que s'il n'était question que des individus, chaque Odin pouvait aussi avoir différé de ses prédécesseurs dans ses moyens, dans son but, dans ses doctrines; ils ont vu dans tous,, la réunion du prophète et du guerrier ; ils ont fait du premier Odin, comme du second, ou du troisième, car il faut peut-être en compter jusqu'à trois,
(i) Nous ne parlons ici, ni de ceux qui, voulant s'affranchir de toutes les difficultés , opt pris le parti commode de rejeter entièrement l'existence d^ tous les Odins , bienqu'ils ne puissent appuyer leurs dénégations d'aucune preuve, ni de ceux qui ont hasardé les conjectures les plus absurdes, prétendant qu'Odin était Priam, Anténor ou Ulysse, et qu'Asgard , sa capitale, était Troie.
un Mahomet armé pour fonder une religion , et l'ayant fait triompher par ses victoires.
Le premier Odin ne fut point un inspiré qui établit sa croyance par le glaive. Ce fut un conquérant, auquel ses succès valurent l'apothéose. Il ne devint point guerrier, comme Mahomet, parce qu'il était prophète; mais il passa plus tard pour prophète , parce qu'il avait été un guerrier. vainqueur, et que des prophètes postérieurs prirent le même nom.
Comme les colonies égyptiennes avaient réuni les fétiches des Pelages, Odin, en poliçant, jusqu'à un certain point, les hordes sauvages de la Scandinavie , rassembla les idoles que ces hordes adoraient isolées (i). Une montagne fut leur Olympe, un frêne immense leur ombrage; et, retranchés dans une citadelle, ils se partagèrent, comme les dieux des
(i) Le genre de cette révolution s'accorde très-bien avec l'hypothèse vraisemblable que le premier Odin fut antérieur au seopnd de cinq cents ans; caries Ciinbres de la Scandinavie, que le second Odin subjugua, étaient déjà dans la deuxième période de l'état social, dans la barbarie, et, par conséquent , n'avaient plus pour religion le pur fétichisme.