‹ De la religion (volume 2)Chapitre 62 sur 109 · LIVRE XIV, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV, CHAPITRE

(îrecs, les fonctions que jadis les fétiches exerçaient indistinctement. Balder dirigea le char du soleil, Thor présida aux exploits guerriers, Freya aux peines et aux plaisirs de l'amour.

Cette révolution ne s'opéra point aussi pacifiquement qu'en Grèce. La légende de Regner-Lodbrog, auquel le Scalde païen ( i ), qui l'a composée, attribue évidemment plusieurs des exploits d'Odin, fait allusion à dés guerres acharnées contre les adorateurs des vaches et des taureaux. Deux génisses vierges et la vache Sibylia, dont le nom rappelle celle qui, aux Indes, mit les guerriers de Wischamitra en fuite (a), repoussent long-temps les efforts de Régner, et ses fils ne sont victorieux qu'après sa mort (3).

(i) Le paganisme du poète est prouvé par le mépris qu'il affecte pour la religion chrétienne. Il écrivait dans un temps où cette religion travaillait à s'établir, et recueillait d'autant plus fidèlement les légendes les plus anciennes du polythéisme antique.

(2) V. t. III, p. 219-222.

(3) Dans d'autres fables, au contraire, Regner-Lodbrog, est possesseur de la vache Sibylia, qui contribue à ses victoires. (V. t. III, p. 260.) Mais cette vache n'en est pas moins une divinité, un fétiche.

Par une circonstance qui n'avait pas existé en Grèce, et qui était une suite naturelle des victoires du premier Odin, le conquérant, qui avait opéré la révolution religieuse, dut être placé à la tête des dieux (i).

La gloire qui l'entourait, la terreur qu'inspiraient ses triomphes , lui donnèrent les moyens, non d'imposer aux vaincus d'autres opinions que celles qui étaient analogues aux notions âe leur époque, ce qui est au-dessus de toute puissance humaine, mais de transporter chez des barbares son culte , qui était approprié à la barbarie ; il profita de l'enthousiasme de ses frères d'armes pour présider aux festins des braves, après leur mort, comme il présidait à leurs exploits et à leurs banquets, pendant cette vie.

Il en résulta qu'en Scandinavie, le premier polythéisme fut la transplantation , dans un pays conquis, de la religion professée par les

(i) Quelques mythologues ont remarqué qu'il était bizarre que, chez une nation aussi belliqueuse que les Scandinaves, le dieu de la guerre proprement dit n'ait pas occupé le premier rang. C'est qu'Odin l'occupait. Thor était regardé comme son fils. (Rùh, Scandin., p. 32-33.)

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