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LIVRE XIV, CHAPITRE III. I 3o

borieux, nés de la nuit et de la poussière (i), ou de l'union des dieux et des géantes , parce que le moment de créer l'homme n'était pas encore venu, ils travaillent les métaux, forgent les armes, arrachent l'or du sein des abîmes, le défendent contre les mortels, se grandissant alors en géants formidables, ou plus perfides, prodiguent aux humains cet or funeste qui sème la discorde , enfante les haines, occasionne les meurtres (2).

Il est à remarquer que, dans les fables Scandinaves, l'or tient la place qu'occupent les femmes dans les fictions indiennes. Toutes les fautes dès dieux de l'Inde, à commencer par Brama, épris de Saraswatty, toutes les faiblesses des pénitents, presque toutes les guerres ont pour cause des amours illicites ou des enlèvements. Dans le Nord, l'amour, sans être exclu, joue un moins grand rôle. Ce sont des trésors qu'on envie, qu'on ravit, qu'on s'ar-

(1) Nouvelle Edda, t3e fable. Voluspa. Str. 10.

(a) Cette démonologie a aussi son sens scientifique. Les nains qui travaillent les métaux , sont le règne minéral; les vierges qui sortent de la racine de l'arbre Igdrasil, sont le règne végétal.

rache; et quelquefois pour rétablir la paix , cet or maudit, trompant les compétiteurs avides, est précipité dans la mer, comme la source de tous les maux.

La trinité se retrouve dans les trois dieux pleins d'amour, qui veulent enfin se manifester (expression presque indienne); deux arbres languissaient stériles et inanimés, les trois dieux leur donnent la vie (i).

La métempsycose peut se présumer, par les vierges qui, après leur mort, deviennent des cygnes, par les héros changés en loups, par les géantes métamorphosées en louves.

A coté des dogmes, se rangent les rites cruels, les sacrifices humains (2), les immo-

(1) Edda, 7e fable.

(2) T. IV, p. 9.ii-23/|-34'ju Les prêtres et les prêtresses qui présidaient à ces sacrifices étaient appelés hommes et femmes de sang (Mone, Symb. , p. 236) : pour savoir s'ils devaient immoler des victimes humaines, ils avaient recours à un mode particulier de divination. Ils consultaient un cheval sacré, et suivant le pied qu'il levait, il décidait si l'offrande était acceptée ou non. Cet usage sauva la vie à un missionnaire ,. malgré la résistance du sacrificateur, qui accusait le dieu des chrétiens de diriger, invisible, le cheval sur lequel il était assis. (Mone, Ibid. , 70. )

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lut ions funéraires; Brynhild, ou Branhylda, avant de se brûler elle-même , fait brûler sur la tombe de Sigourd huit serviteurs fidèles. Plus loin sont des traces de rites obscènes (i). Les épreuves par l'eau et le feu terminent les procès (a)v

L'efficacité des invocations, des imprécations, des talismans , des caractères magiques , si merveilleuse en Perse et aux Indes, est proclamée par le second Odin (3). La puissance

(i) T. IV, p. a58.

(a) « Quo evenit ut Dani pleraque causarum judicia eo experimenti geneie constatura décernèrent, controversiarum examen rectius ad arbitrium divinum quam ad hnmanam rixam relegandum putantes. » Saxo Gram. , X, 294. Poppo le Danois mit, en présence du peuple, un gant de fer rougi au feu.

(3) «On était persuadé qu'Odin parcourait le monde « en un clin-d'œil, disposait de l'air et des tempêtes, pre- « nait toutes sortes de figures, ressuscitait les morts, « prédisait l'avenir, ôtait , par ses enchantements, la force « et la santé à ses ennemis , découvrait les trésors cachés « sous terre, faisait entr'ouvrir les plaines et les mon- « tagnes, et sortir les ombres des abîmes. » (Mallkt, Inlrod. , p. 43,) Ces prestiges du second Odin n'étonneront pas nos lecteurs, s'ils se souviennent qu'à une époque bien plus grossière , les jongleurs ont déjà l'habileté nécessaire ponr se servir de pareils moyens.

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de son prédécesseur était le glaive ; la sienne est la parole, ou l'écriture qui n'est que la parole gravée , et cette distinction sépare le pontife d'avec le guerrier. « Savez-vous , dit-il dans l'Havamaal, comment on écrit les Runes, comment on les explique , comment on assure leurs effets? J'en connais qu'ignorent les reines et tous les enfants des hommes. Elles chassent les maladies, la tristesse et les plaintes, émoussent les armes , brisent les chaînes , apaisent les tempêtes , guérissent les blessures. Je charme les orages dans les airs, et ils s'arrêtent. Les morts viennent à moi, quand, sur la pierre, je grave les Runes. Si je les prononce, en versant l'eau sainte sur un nouveau-né, il est invulnérable. Dieux, génies, mortels, rien n'échappe à ma vue. J'éveille l'amour des vierges g et ma bien-aimée m'aime à jamais. » Freyr, raconte l'Edda, épris de la belle Gerdour, dont l'éclat merveilleux se répandait sur tout l'univers, et dont les bras arrondis brillaient d'une splendeur qui éblouissait les regards , se mit en route avec un serviteur fidèle pour conquérir l'objet de ses vœux. Gymir, père de Gerdour, la tenait renfermée dans un palais entouré de feux que rien

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