LIVRE XIV, CHAPITRE III
ne pouvait éteindre. L'épée magique du héros surmonta cet obstacle. Il pénétra jusqu'à la beauté qu'il voulait posséder : il lui peignit en langue harmonieuse la flamme qui le dévorait. Ce fut en vain. Il lui offrit onze pommes de l'or le plus pur, des diamants d'un prix inestimable, mais vainement encore. Il la menaça du glaive étincelant; menace inutile. Son compagnon prononça enfin les paroles puissantes, et la belle Gerdour céda.
Les doctrines philosophiques complètent l'œuvre sacerdotale. « Comment t'adorerai -je ? dit au dieu suprême le président du sénat céleste. T'appellerai -je Odin, Thor ou This? Alfadur est ton nom. Sous ce nom t'honoraient nos ancêtres, avant qu'on leur eût apporté des dieux étrangers; » expressions caractéristiques du travail des prêtres , attribuant toujours au théisme, quand ils l'insèrent dans leurs doctrines, une priorité chimérique (i). Il est également impossible de méconnaître le dualisme (2) et le panthéisme (5).
(1) V. Hv. I, ch. 9, p. 267.
(a) T. III , p. 268.
(3) T. III, ib.
I [\l\ 1) F LA RELIGION,
Enfin, la morale prend sa place. Le Gimle et le Nastrond, sans supplanter le Nifleim et le Valhalla , offrent à la vertu des récompenses que le premier Odin n'avait accordées qu'à la valeur, n'assignant au vice et au crime aucune punition , car ce n'en est pas une que de recommencer les occupations de cette vie.
Plusieurs écrivains ont commis, relativement au Nifleim, la même erreur que les érudits français qui ont introduit la morale dans l'enfer d'Homère. Les textes des Eddas sont positifs : les habitants du Nifleim conservent leurs rangs, leurs dignités, leurs habitudes , jouissent des plaisirs terrestres , s'enivrent d'hydromel. Ils arrivent à cette demeure en passant le pont Giallar, à pied ou à cheval, souvent au nombre de cinq fois cinq mille. Nous avons parlé ailleurs (i) des dieux mêmes qui y sont renfermés, parce qu'ils ne sont pas morts en combattant. On ne voit nulle part qu'Héla, qui règne sur le Nifleim, punisse les coupables. Tous les morts y sont réunis, les héros exceptés; ils y vivent paisi-
(,) T. IV, p. 91.