‹ De la religion (volume 2)Chapitre 71 sur 109 · LIVRE XIV, CHAPITRE III. ï/j · texte numérisé non relu

LIVRE XIV, CHAPITRE III. ï/j

bleiuent et terminent même celte seconde carrière , comme les guerriers du Valhalla , par nne bataille où ils périssent. £e ne fat que lorsque les prêtres eurent transformé le Gimle, jadis séjour des génies, en un lieu de récompenses, au-dessus du Valhalla , et qu'ils eurent inventé le Nastrond, séparé soigneusement du Niflheim,ce ne fut qu'alors, disons-nous, qu'ils supposèrent un jugement, précipitant dans un lieu de- supplices les pervers. C'est du Nastrond que la prophétesse. parle , quand elle voit les meurtriers, les parjures, les séducteurs, qui murmurent l'amour, en s'approchant furtivement des vierges promises , se débattant contre des vagues empoisonnées, et déchirés par les loups et les serpents (i). C'est encore au Nastrond, que se rapportent ces deux strophes de l'Havamaal, qui ne manquent pas de beautés poétiques : a Les richesses périssent, les amis périssent, tu périras, mais la bonne renommée qu'on acquiert ne périt point.- Les trésors disparaissent, les frères d'armes sont abattus, tu le seras toi-même; mais

(i) Voluspa.

une chose dure toujours, c'est le jugement prononcé sur chaque mort (i). »

Le Nastrond est, avec les couleurs sacerdotales , l'enfer de Pindare , succédant à celui d'Homère. Seulement, par un effet de la répugnance des prêtres à rien retrancher, l'enfer et le paradis primitifs subsistent à côté de ceux qui viennent d'être créés. Chez les Grecs, en raison du progrès des idées , le même enfer est diversement employé. Chez les Scandinaves , il y a deux enfers pour des usages différents-, et, dans la description du dernier enfer, l'empreinte sacerdotale n'est pas à méconnaître (a): Le palais d'Héla est la douleur, sa table la famine, son glaive la faim, son esclave la lenteur, son vestibule le précipice, son lit la souffrance, sa tente la malédiction. Dix fleuves roulent leurs eaux noirâtres à travers ce séjour d'horreur ; les noms de ces fleuves sont l'angoisse, le chagrin, le néant, le désespoir, le gouffre, la tempête, le tourbillon,

(1) Havamaal, stroph. 77-78.

(2) V. ce que nous avons dit de la description desdemeures des morts, t. IV. liv. IX, ch. 8.

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, le rugissement, le hurlement et l'abîme (1). Si de ces traits généraux nous voulions descendre à des détails presque minutieux , nous montrerions entre les Eddas et les livres sacrés des autres nations soumises aux prêtres, des conformités qui prouvent l'origine et la mission du second Odin. Ainsi , quand Igdrasill est proclamé le premier des arbres, Skithbladner des vaisseaux, Odin des dieux, Sleipner des chevaux, Bifrost des ponts, Bragi des poètes , Habrok des éperviers , Garmur des chiens, qui ne songe à Crishna, se proclamant le premier de chaque espèce (2)? Le Sigurd des Nibelungen, tradition non méconnaissable des Eddas, ne peut être blessé qu'entre les deux épaules, comme la divinité indienne n'est vulnérable qu'au talon. La vache OEduIma est la vache féconde, créée par la réunion de tous les dieux (3). La fable de l'enlèvement du breuvage poétique par Odin, et de ses combats avec le géant Suttung, est évidemment

(1) Edda, ireet 6e fables, (a) V. t. III, p. t56.

(1) T. III, p. 179.

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