LIVRE XIV, CHAPITRE III
ment Odin, appelé sans cesse le père de toutes choses , le dieu suprême , l'être éternel , est pourtant condamné à périr un jour, en donnant la mort au mauvais principe. Ce dogme est inconciliable avec la fondation du - culte antérieur par le premier Odin, et ne s'accorde point avec son apothéose. Se serait -il annoncé lui-même comme uue divinité passagère? Aurait-il prédit le renversement de son propre empire? Aurait-il inventé ce terrible Ragnarokur, ou crépuscule des dieux, qui devait l'anéantir avec l'univers? Mais le dogme de la destruction du monde est un dogme favori du sacerdoce, et nous avons expliqué pourquoi les religions qu'il domine enveloppent toujours dans cette destruction les divinités actives (i).
posées dans les Eddas, pour envisager toute la mythologie du Nord comme un système de physique. C'est l'erreur de Varron, sur la théologie grecque et romaine.
(i) Ci-dessus, p. 170. et suiv. Un auteur que nous avons consulté plus d'une fois (Ruh, Scand., p. 268-269), frappéde l'opposition de ce dogme avec les notions fondanifntales du premier polythéisme des Scandinaves, l'a supposé introduit, après l'établissement du christianisme, par des moines chrétiens. Cette conjecture prouve assez
IpO DE lA RELIGION,
On conçoit aussi pourquoi, tandis que le premier Odin avait recommandé si expressément, si exclusivement le courage guerrier, et dirigé toutes les. espérances et toutes les craintes vers un centre unique, l'amour de la gloire et des combats, marquant d'infamie toute mort naturelle et frappant d'opprobre la paix, le second Odin, défaisant l'ouvrage de son prédécesseur, a prodigué -à des qualités, jusqu'alors subalternes, le prix de la valeur. Le sacerdoce a dû vouloir remplacer des dogmes qui n'avaient d'influence que sur
qu'on ne peut étudier les antiquités du Nord , sans y remarquer des doctrines d'époques différentes. Mais le Ragnarokur n'a pas besoin de cette explication. Il a dû être le résultat de la révolution qui fit triompher le génie sacerdotal. Le même raisonnement nous porte à repousser, à plus forte raison, l'idée que- tous les Eddas aient été l'ouvrage des missionnaires. Nul doute qu'il n'y ait en des interpolations et des fraudes pieuses : mais toute une mythologie, créée pour s'en moquer, est une hypothèse ridicule. Les ressemblances de la mythologie du Nord avec le christianisme ne sont pas plus frappantes que celles de la même mythologie avec les légendes de l'Inde. On y retrouve, par exemple, la fable de FAmrita, que les chrétiens n'ont pu y insérer, puisqu'ils l'ignoraient. (Rim. , p. 135. )
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une portion des actions humaines , par des opinions propres à influer sur toutes ces actions, et à lui assurer ainsi une puissance plus intime et plus habituelle.
Nous avons dit que la morale ne pénétrait pas progressivement, mais tout à coup, sous forme de code , dans les religions soumises aux prêtres, (i); telle elle apparaît chez les Scandinaves. Elle est contenue tout entière dans l'Havamaal , ou- le cantique sublime d'Odin. « Mon père me chanta ce cantique, dit un héros, dans une Saga ; ce cantique , qui rend les guerriers humains et justes. Celui qui l'ignore, insulte au faible, dépouille le voyageur, fait violence aux femmes, égorge les enfants. Mais celui qui en observe les préceptes , défend le paysan , le voyageur , le vieillard, l'enfant et l'honneur des femmes .(a); et, pour récompense, il est, après sa mort, transporté dans le Gimle, dû il vit éternellement heureux. »
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(i) T. IV, p. 479-
(2) Presque tous ses préceptes sont en opposition avec les exemples et les promesses du premier Odin à ses compagnons : le pillage est leur vie, l'ivresse leurs de'li
De tous les poèmes qui composent ies Eddas, l'Havamaal est celui que les Scaldes attribuaient le plus spécialement au premier* Odin, et c'est à nos yeux une démonstration additionnelle, que ce cantique était l'ouvrage du sacerdoce. Ce que les prêtres devaient faire remonter avec le plus de soin à leur fondateur fabuleux, était précisément ce qu'ils avaient ajouté à sa doctrine (i).
Essayons maintenant de déterminer à laquelle des deux époques des religions septentrionales se rapportent les traditions et les monuments qui nous restent. Xes Eddas se divisent en quatre parties {2). Nous écarterons les subdivisions (3).
ces , et l'Havamaal défend le pillage et condamne l'ivresse. (Mall., Hist. du Dan., II, 280.)
! 1) V. Bartholin, de Caus. contempt. mortis , 'ilt\ p. 193; Gebh., Hist. Dan. I, 35.
(2) Maixkt (Hist. du Dan. ,11, 33 ) n'en compte que trois; mais c'est qu'il rejette la. Lokasenna. Iî'on verra que c'est à tort.
(3) Ces subdivisions sont nombreuses et arbitraires. Pour les simplifier, nous réunissons à la Voluspa, proprement dite, comme étant de la même époque, le Vaf'trudhismal, ou le combat d'Odin contre un géant; le Grimnismal, ou ïa querelle d'Odin et de sa femme Freya,