LIVRE XIV, CHAPITRE III
avoir causé la mort de Balder, vient insulter aux dieux courroucés. La salle du festin est un asile inviolable. Odin lui-même protège Loke, à cause de la sainteté du lieu; et ce dernier, sûr d'être impuni, reproche aux habitants du Valhalla leurs actions coupables et leurs penchants vicieux. Ce poème doit être contemporain du plus ancien polythéismescandinave , et antérieur au second Odin.
Sans doute ces poésies ont pu et ont dû subir diverses .transformations. La caste sacerdotale en était seule dépositaire; elle les transmettait, oralement et partiellement , à un peuple étranger à toute littérature et pour qui l'examen eût été un sacrilège.
Quant aux Nibelungen et au livre des héros, ce que nous avons dit indique assez qu'on ne doit les consulter qu'avec précaution. Les réminiscences de deux mythologies, rapportées par des écrivains qui professaient une troisième croyance , ont été nécessairement très-défigùrées , et les notions des deux époques s'y trouvent mêlées , confondues et amalgamées de plus avec le christianisme, qui les avait remplacées, et les poursuivait encore de ses haines et de ses défiances.
Si, malgré les preuves morales que nous croyons avoir portées jusqu'à l'évidence , on persistait à nous en demander d'un autre genre , fondées sur des témoignages historiques et des dates certaines, nous répondrions que les monuments de ces temps reculés n'ayant été recueillis qu'après que leur authenticité était devenue douteuse et leur époque inconnue , les règles de la chronologie ordinaire ne sauraient servir de guides.
Les Scandinaves n'ont eu d'historiens qu'à dater du onzième siècle (i). L'usage de l'écriture était interdit dans tout ce qui avait rapport à la religion, à l'histoire, aux lois. Les hymnes, les légendes, les récits mythologiques ne se transmettaient que verbalement. Si nous trouvons des caractères runiques attribués à Odin , dans des poésies encore païennes , ils n'étaient employés qu'à, des usages magiques.
Soemund Sigfusson , le premier qui osa
(i) Suivant Torfoeus , il s'est écoulé onze cents ans depuis Odin jusqu'au premier historien Islandais, Isleif, évêquè de Scalholt,qui mourut en 1080 (Mallet, Introd. , p. 4^)j> et l'Odin dont Torfoeus parle, n'est pas le premier, mais le second Odin.