‹ De la religion (volume 2)Chapitre 88 sur 109 · LIVRE XV, CHAPITRÉ II · texte numérisé non relu

LIVRE XV, CHAPITRÉ II

des crimes. Les prêtres athéniens défèrent Socrate à l'Aréopage , et il est mis à mort.

Il est si vrai que cet attentat tenait bien plus au principe stationnaire qu'à un fanatisme fervent ou passionné , que, même dans ce trop fameux procès, les ennemis de Socrate lui laissèrent, jusqu'au moment où il but la ciguë, des moyens faciles de désarmer leur vengeance. Mais, pour s'y dérober, c'était ou les lois de la patrie qu'il fallait violer, ou le principe stationnaire qu'il fallait reconnaître par un désaveu. Il fallait repousser tous les perfectionnements acquis par les émotions nobles, ou par les méditations studieuses; reculer vers les temps d'ignorance , pour en adopter de nouveau les dogmes ; renoncer à tous les progrès de la raison et de la morale. Socrate ne te voulut pas : sachons-lui-en gré. Sa mort a été utile à son siècle et à sa patrie. Elle est utile encore aujourd'hui.

On s'est fort récrié contre un de nos écrivains les plus ingénieux, parce qu'il a osé dire que dans l'état donné des institutions d'Athènes , la mort de Socrate était inévitable et légale. L'assertion, néanmoins, est parfaitement vraie. Je le dis avec lui : « Dans un ordre de cho-

« ses, dont la base est une religion detat, on « ne peut penser, comme Socrate, de cette « religion, et publier ce qu'on en pense, sans « nuire à cette religion, et, par conséquent,

« sans troubler l'état Socrate ne s'élève tant,

« comme philosophe, que précisément à con- « dition d'être coupable comme citoyen. Sa « mort était forcée et le résultat nécessaire « de la lutte qu'il avait engagée contre le dog- « matisme religieux ( 'i). »

(i) Traduct. de Platon , par V. Cousin, Argument de l'apologie, p. 56 et 59. Ceci nous semble répondre péremptoirement à ceux des adversaires du christianisme qui, pour le mettre au-dessous des religions anciennes, ont atîribué à ces dernières le mérite de la tolérance. La tolérance du polythéisme , même chez les Grecs ou les Romains, ne reposait point sur le respect dû par la société aux opinions des individus. Les peuples, tolérants les uns envers ies autres, comme agrégations politiques, n'en méconnaissaient pas moins ce principe éternel , quecliacun a le droit d'adorer son dieu de la manière qui lui semble la meilleure. Les citoyens étaient, au contraire, tenus de se conformer au culte de la cité. Les lois de Triplolème et de Dracon défendaient, sous peine de mort, toute déviation de la religion publique (Porphyr. de Abst., IV, où il cite Hermippe, deLegislator. I, II, Joseph, contre Apion, II, ^7), et les Athéniens prêtaient serment de se soumettre à cette disposition. (Isocrat. .

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