LIVRE XV, CHAPITRE II
Rien de plus évident. Mais de cette évidence en résulte une autre ; c'est que tant que la religion servira de prétexte à l'existence d'un corps chargé de l'enseigner et de la main-
Panath., Stobéf.) Nul n'avait la liberté d'adopter un culte étranger, bien que ce culte fût autorisé pour les étrangers qui le pratiquaient. Ces étrangers eux-mêmes devaient rester fidèles à la croyance de leurs ancêtres. Julien , dans une épître aux habitants d'Alexandrie , établit ce principe du polythéisme. Ce qu'il reproche le plus amèrement aux chrétiens, c'est d'avoir abandonné la religion de leurs pères. Il les appelle de faux Hébreux révoltés, et juge les Juifs avec plus d'indulgence. Platon déclare légitimes les accusations d'impiété. 11 ne faut pas, dit- il, qu'on souffre les incrédules. Jusqu'ici, nous connaissons plus d'un moderne qui sera de cet avis-, mais il ajoute : On devra rendre un culte aux planètes, et ceux qui oseront soutenir que les planètes ne sont pas des dieux, devront être punis comme impies. Ici 1rs inquisiteurs de nos jours se sépareront de Platon. C'est ce qui arrive à tous les hommes qui adoptent la légitimité de l'intolérance. Ils s'accordent dans la persécution d<js opinions contraires aux leurs, et se divisent sur celle au nom de laquelle ils veulent persécuter. Les Romains n'étaientpas plus tolérants. « Separatim nemo habesseJDeos nevenovos, nevéadvenas, nisi publiée accisos, privatimcolunto. » (Loi des Douze Tables, citéepar Cicébon.) « Ne qui, nisi Romani dii, neuquo aliomore quam patrio'colerentur. » (Liv. IV, 3o). «Quoties, dit le consul Posthumius, hoc patrnm , avorumque setate negotium datum est ma-
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tenir, le dogmatisme religieux aura, suivant les pays et suivant l'époque , ses exils, ses cachots, sa ciguë ou ses bûchers.
Les raisonnements qui, sous ce point de vue, justifient la mort de Socrate, iraient bien plus haut, si nous le voulions. L'auteur du traité sur
gistratibus, ut sacra externa fieri vetarent, omnem disciplinam sacrificandi, praeterquam more romano, abolerent. » Ib. XXXIX, 16 ; v. aussi IX, XXVI. Les premiers philosophes qui aient adopté les principes de la véritable tolérance, sont les nouveaux platoniciens. C'est que la religion positive touchait à son terme. Nous ne pouvons nous empêcher, en finissant cette note, de nous féliciter du service que nous a rendu l'un de nos critiques les plus hostiles, en reconnaissant que notre manière d'envisager la religion est identique au fond avec celle de M. Cousin. L'auteur du Catholique (XXXIII, 35i-358), en analysant le cours de philosophie de cet illustre professeur , s'exprime en ces mots : « La religion naturelle « n'est pas l'instinct de la nature traversant le monde et « s'élançantjusqu'àDieu.LesystèmedeM.Constantsetrou * verait au bout de cette théorie. Le culte, dit M. Cou- « sin, est la réalisation du sentiment religieux. C'est pré- « cisement ce que M. Constant, dans sa haine contre le sa- « cerdoce, a prétendu naguère. » Cependant, M. Cousin et nous, étions partis de bases très-différentes. Il admire les grandes corporations sacerdotales de l'antiquité, nous les détestons. Mais les hommes de bonne foi finissent toujours par se rencontrer.