CHAPITRE III
Que la pureté de la doctrine ne diminue en rien les dangers du principe stationnaire dans la religion.
Jleut-ètrk serait -on tenté de croire que la pureté dans la doctrine , ou l'humanité dans les préceptes , dégage le principe que nous combattons du poison qu'il renferme. Ce serait une erreur.
La conservation forcée d'une doctrine religieuse, fixe et immuable, entraîne des conséquences identiques , quelle que soit la doctrine en elle-même. Sous une forme bien plus épurée que le polythéisme, les catholiques se sont montrés implacables contre les réformateurs, les réformateurs contre les sociniens, et les sociniens n'auraient pas été sans doute
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plus indulgents pour ceux qui auraient nié la mission humaine du prophète dont ils niaient la divinité. Le cardinal de Lorraine a fait tuer Coligni ; Calvin, qu'aurait fait brûler le cardinal de Lorraine, a fait brûler Servet. Considérer une religion comme ne pouvant jamais être améliorée, c'est la déclarer la seule bonne, la seule salutaire. Dès-lors la faire adopter à tous, devient un impérieux devoir. Non -seulement il est permis, mais il est ordonné d'employer à cette œuvre pieuse les moyens de force, si les moyens de persuasion ne suffisent pas (i).
(i) Toule religion positive, toute forme immuable conduit, par une route directe, à l'intolérance, si l'on raisonne conséquemment. « L'intolérance, dit un auteur « italien, l'intolérance que ceux qui veulent tolérer l'er- « reur, nomment une terrible doctrine, et le désir de « convertir toutes les nations, sont les deux plus beaux << caractères du christianisme, et malgré les clameurs des « profanes irrités, nous n'avons pas lieu d'en rougir. Je « voudrais savoir comment on ose nier que, puisque la ■ vérité qui fait le bonheur de cette vie et de l'autre a été « enfin découverte, c'est une nbble , humaine et sociale « entreprise de la répandre, et de la transplanter par- <> tout, et de la défendre contre la fourberie et les atta- « ques de ses ennemis, d'abord par la persuasion, en-