‹ De la religion (volume 3)Chapitre 101 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE II. l · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. l

iiomènes qui se présentent à ses regards deux apparences, celle du repos et celle du mouvement. Comme la cause du mouvement ne lui est jamais visible , il est bientôt entraîné à la supposer d'une autre nature que l'être auquel le mouvement est communiqué. De là une distinction entre la substance qui imprime le mouvement et celle qui le reçoit.

L'élément dans lequel nous existons et qui à la fois nous enveloppe et nous pénètre, est propre à lui seul à nous suggérer l'idée de la spiritualité. L'air invisible, et dans un certain sens impalpable, agit sur nous d'une manière constante et pourtant diversifiée. Tantôt c'est un bienfaiteur inaperçu, qui nous apporte au milieu d'une chaleur étouffante une fraîcheur secourable, et paraît s'occuper même de nos jouissances par les parfums dont il nous entoure; tantôt c'est un ennemi terrible , qui nous atteint d'un souffle glacé, ou qui , mugissant autour de nous, ébranle la terre, soulève les vagues, et dans sa puissance inexplicable renverse nos murailles, nous poursuit dans nos derniers asiles, et détruit nos habitations les plus solides. Ainsi , l'idée d'êtres actifs , invisibles, impalpables, et que nous sommes ten-

l64 DE LA RELIGION-

tés de concevoir comme incorporels, s'offre naturellement à notre pensée.

Si l'homme, détournant ses regards des objets extérieurs, les reporte sur lui-même, il s'aperçoit d'une lutte manifeste entre le principe actif qui dispose de ses organes, et. l'être passif dans lequel ce principe paraît renfermé. L'ame dompte le corps : le corps résiste à l'ame qui gémit ou s'indigne d'être ainsi gênée, et qui accuse toujours de ses fautes son enveloppe grossière, ses organes qui la trompent, ses sens qui l'entraînent et qui la séduisent. Les mêmes plaintes se font entendre chez le sauvage et , chez le philosophe, dans les forêts du Nouveau- Monde et sous les platanes de l'Académie. Le vieil Iroquois donne sous ce rapport à son fils les mêmes conseils que Socrate à ses jeunes disciples d'Athènes. 11 en résulte que plus l'homme veut concevoir un être parfait, plus il le dégage de la matière.

Le sentiment religieux saisit avec ardeur cette distinction pour l'appliquer à la nature divine. Il y trouve un affranchissement de toutes les bornes, une grandeur, une immensité, une pureté qui lui plaisent.

Tous les voyageurs qui nous ont transmis les

Page 1