‹ De la religion (volume 3)Chapitre 102 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE II. l · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. l

opinions religieuses des Otahitiens attestent qu'ils distinguent le Dieu suprême , de la matière qu'il a mise en œuvre (io3).

La même opinion se retrouve chez plusieurs tribus de la Floride; et, si nous accordons notre confiance aux assertions de plus d'un observateur attentif, elle n'est pas complètement étrangère aux croyances de quelques hordes de la Sibérie.

Que si leurs conjectures sont vagues , si leurs hypothèses sont confuses , elles n'en prouvent que mieux que, dès les premiers pas de l'espèce humaine, le sentiment devance l'intelligence et devine ce que cette dernière ne peut concevoir, ce qu'elle n'oserait pressentir, ce que même elle combat souvent avec les formes sévères de la logique.

Car jusqu'à présent, nous n'avons parlé que de l'action du sentiment dans la création de la forme religieuse. L'homme a en lui d'autres puissances, d'autres facultés, qui concourent également à cette création , et qui ne sauraient y concourir que d'après les règles de leur nature.

Si le sentiment se nourrit d'émotions vagues , l'intelligence, plus exigeante, veut des raisonnements dont la justesse la satisfasse. Le besoin

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intérieur que l'homme éprouve d'aborder des êtres avec lesquels il corresponde et dont les soins protecteurs veillent sur lui , suffit au sentiment pour concevoir des dieux tutélaires. L'intelligence, qui observe avant de juger, tire des phénomènes extérieurs qu'elle compare et qu'elle rapproche des conclusions en partie différentes. Si plusieurs de ces phénomènes annoncent une force bienveillante, d'autres indiquent une sorte de haine et d'hostilité. Cette opposition, qui éclate à chaque instant dans chaque détail de la nature physique et morale, est à toutes les époques une énigme insoluble pour les esprits les plus exercés. Qui ne connaît les tentatives multipliées de toutes les écoles de philosophie pour résoudre le problème de l'origine du mal?

L'intelligence moins subtile et moins scrupuleuse du Sauvage tranche la question plus simplement. Il y a dans le monde du mal et du bien. Donc il y a des dieux ennemis et des dieux favorables. Le dualisme, qui joue un si grand rôle dans la religion raffinée de Zoroastre, et qui a failli s'établir en triomphateur dans la croyance chrétienne, remonte en principe jus qu aux notions religieuses des Sauvages.

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