‹ De la religion (volume 3)Chapitre 104 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

un profit positif qu'il espère. Il n'obéit plus à un sentiment ; il combine un calcul.

Pour atteindre son but , il s'efforce de juger de cet objet mystérieux. Or, il n'en peut juger que par l'analogie qu'il lui suppose avec la seule chose dont il ait quelque connaissance, c'est-à-dire, avec lui-même. Comme il s'irrite contre qui l'offense, s'adoucit envers qui l'apaise, devient bienveillant pour qui le sert ou le flatte , ce qui n'est qu'une autre manière de promettre de le servir , il en conclut que l'objet qu'il adore agit ainsi qu'il agirait. Lorsqu'une calamité l'a frappé, il en cherche la cause dans la malveillance de l'idole qu'il a offensée sans le savoir (io8). 11 s'efforce alors de la désarmer par des prières, des hommages, par tous les moyens que sa propre expérience lui suggère , et qui auraient quelque pouvoir sur lui-même, s'il était vis-à-vis d'un autre dans la situation dans laquelle il suppose l'être inconnu vis-à-vis de lui.

Il fait bientôt un pas de plus. Après avoir apaisé cet être, il cherche à se le rendre propice : les moyens qu'il a employés pour désarmer sa colère lui servent à conquérir sa faveur.

lAdée du sacrifice est inséparable de toute

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religion. L'on pourrait dire qu'elle est inséparable de toute affection vive et profonde. L'amour se complaît à immoler à l'être qu'il préfère tout ce que d'ailleurs il a de plus cher; il se complaît même , dans son exaltation raffinée , à se consacrer à l'objet aimé , par les souffrances les plus cruelles et les privations les plus pénibles. Les amants turcs se meurtrissent la poitrine , se déchirent les bras , sous les fenêtres de leurs maîtresses. Les chevaliers du moyen âge s'infligeaient des douleurs volontaires ou s'imposaient des épreuves difficiles , en l'hon- Tieur des belles dont ils portaient les couleurs ( 1 09) ; et madame Guyon , dans les extases de sa dévotion tendre et passionnée , cherchait partout des dégoûts à vaincre, des répugnances à surmonter.

Ce mouvement, comme tous les mouvements de l'homme, nous le retrouvons chez le Sauvage. A peine a-t-il des dieux que l'idée du sacrifice se présente à lui.

Exempte d'abord de tout raffinement, elle le conduit à partager avec ses idoles tout ce qui lui est agréable, à se priver pour elles d'une portion de sa nourriture, de ses vêtements, ou des dépouilles qu'il a conquises par quel-

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