‹ De la religion (volume 3)Chapitre 105 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE II. 1 7I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. 1 7I

que victoire qu'il attribue à une assistance surnaturelle.

Mais bientôt la notion du sacrifice devient plus compliquée. Ce ne sont pas seulement des offrandes matérielles que les dieux exigent ; ils réclament de leurs adorateurs des preuves de soumission , de dévouement , d'abnégation d'eux-mêmes. De là des jeûnes (no), des macérations et des austérités spontanées (m). Les bords de l'Orénoque et les steppes de la Tartarie sont le théâtre de pénitences aussi rigoureuses que celles qui étonnèrent jadis les déserts de la Thébaïde, et le célibat si vanté par nos saints a ses martjn^s parmi les sauvages.

Les philosophes ne nous paraissent pas avoir suffisamment remarqué cette tendance de l'homme à raffiner toujours sur le sacrifice. Ils ont attribué trop souvent à l'artifice et au calcul ce qui était l'ouvrage de la nature. Ils n'ont vu dans les idées d'impureté attachées chez presque tous les peuples à l'union des sexes qu'un caprice de la tyrannie sacerdotale , se plaisant à contrister l'homme par des privations arbitraires. Sans doute des prêtres ont profité de cette notion pour étendre leur pouvoir sur la portion de l'existence humaine qui

semblait placée le plus à l'abri de leur despotisme. Mais la notion primitive a des racines bien plus profondes. Si elle n'avait pas ces racines , elle ne serait pas commune aux tribus sauvages et aux nations policées.

Partout la nature, avec un art qu'on dirait bizarre , et qu'on reconnaîtra pour admirable, quand on le suivra dans toutes ses conséquences , a réuni à la plus tendre des affections le besoin du secret, le sentiment de la honte.

Sur cette combinaison merveilleuse repose tout ce qu'il y a de délicat, de touchant, de pur , dans les relations de l'amour , et nous lui devons encore tout ce qu'il y a de régulier dans notre organisation sociale. C'est en renonçant pour un seul homme à cette réserve mystérieuse dont la règle divine est imprimée dans son cœur, que la femme se voue à cet homme, pour lequel elle suspend, dans un abandon momentané , cette pudeur qui ne la quitte jamais ; pour lequel seul elle écarte des voiles qui sont d'ailleurs son asile et sa parure. De là cette confiance intime dans son époux , résultat d'une relation exclusive , qui ne peut exister qu'entre elle et lui, sans qu'aussitôt elle se sente flétrie : de là dans cet époux la re-

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