‹ De la religion (volume 3)Chapitre 107 sur 152 · LIVRE II, CHA.PITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHA.PITRE II

L'intérêt cependant ne tarde pas à intervenir dans cette notion puissante du sacrifice y qui, s'emparant de l'homme, le perfectionne et l'égaré tour-à-tour.

Le sentiment voudrait que le sacrifice fût désintéressé. L'intérêt veut qu'il ait pour but une réciprocité de services. Alors la religion n'est plus qu'un trafic. Le culte s'arrête, quand le profit cesse. L'homme passe d'un fétiche à l'autre, cherchant toujours un allié plus fidèle, un protecteur plus puissant , un plus zélé complice.

Dirigeant la religion vers ce but ignoble, l'intérêt en écarte toute notion de morale. Le fétiche est un être égoïste et avide , allié d'un être plus faible , égoïste comme lui. Les sacrifices dont il se repaît ne regardent que lui seul. Les devoirs qu'il impose consistent en victimes , en offrandes , en témoignages de soumission , monnaie convenue , signes représentatifs d'offrandes et de victimes futures. C'est un paiement que le fétiche réclame, pour la protection qu'il accorde; que ce paiement se fasse avec exactitude et libéralité, aucun des deux contractants ne se mêle de ce que fait l'autre vis-à-vis d'un tiers.

La religion est alors tellement un trafic que l'homme établit, pour ainsi dire, ses comptes avec son dieu. Il examine si ce dieu s'est acquitté d'une manière satisfaisante des engagements qu'il est supposé avoir contractés ; et si le bilan n'est pas en faveur de l'idole, l'adorateur la quitte ou la punit, la frappe ou la brise , la livre aux flammes ou la jette dans les ondes (i i5).

Il serait imprudent de trop se récrier sur l'absurdité d'une telle vengeance. Ces puériles et ridicules scandales ne sont pas sans exemple dans des temps plus éclairés (116), et la religion la plus épurée n'en a pas toujours préservé la portion ignorante de ses sectateurs (117).

Quand un sauvage est en inimitié avec un autre sauvage, son fétiche devient l'ennemi du fétiche de son adversaire (118). Plus tard, quand deux nations se combattent, les dieux se divisent , et chaque nation a ses auxiliaires dans le ciel. C'est la même hypothèse adaptée à l'état social de chaque période : chez les peuples policés comme chez les tribus ignorantes, l'assistance s'accorde, non à la justice de la cause, mais à la libéralité des adorateurs.

Car nous devons encore ici prémunir nos

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