‹ De la religion (volume 3)Chapitre 108 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE II. l'J'J · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. l'J'J

lecteurs contre le dédain précipité que la civilisation prodigue aux Sauvages. Quelle que soit la croyance , la question principale est de savoir si le sentiment ou l'intérêt prédomine; si c'est l'intérêt , la pureté de la doctrine est sans importance. La religion alors n'est que du fétichisme : et dans les âmes que l'égoïsme corrompt et qu'aveugle la crainte , ce fétichisme est aussi révoltant que chez l'Ostiaque ou chez l'Iroquois. Assurément, Louis XI se mettait au niveau de ces misérables hordes, lorsque, prosterné devant Notre-Dame de Cléry, il espérait racheter un fratricide en séduisant la sainte par des présents magnifiques (119).

Dans les grands dangers le Sauvage ne se contente pas de son fétiche habituel , il réclame le secours de tous ceux dont il a quelque connaissance; leur nombre se monte à plusieurs milliers ( 1 20). De même, quand leur récolte a été mauvaise , les paysans russes, que le pouvoir absolu pense avoir convertis, empruntent de leurs voisins plus heureux des saints plus efficaces (121). Les Athéniens, avant la bataille de Marathon, instituèrent le culte de Pan, qu'ils n'avaient point adoré jusqu'à cette époque (122); et Louis XT, dont nous ve- /. 12

nons de parler, rassembla près de son lit de mort les reliques de toute la terre (laS).

Une fois entré dans cette route, l'homme est forcé de la suivre jusqu'au bout; ayant conçu ses dieux semblables à lui par leurs passions, il les conçoit tels par leurs besoins, leurs habitudes et leur destinée. Les déesses des Ramtschadales portent comme les femmes leurs nouveau- nés sur leur dos. Ces enfants divins souffrent et pleurent comme les enfants des hommes : et toutes les nuits , descendant des montagnes , cet Olympe grossier court vers le rivage, aussi ardent à la pèche, mais plus adroit et plus heureux que la race mortelle (124).

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