‹ De la religion (volume 3)Chapitre 113 sur 152 · LIVRE H, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE H, CHAPITRE III

chaînée; le parjure fait de la société un état permanent de guerre et de fraude.

Mais dans l'état sauvage , le serment a quelque chose de plus solennel, et il faut rendre grâces à la religion , de ce qu'elle crée , dès l'origine des sociétés, cette garantie; le Malabare ( 1 3o) , le Nègre ( 1 3 1 ) , le Calmouc ( 1 3^) , l'Ostiaque (i33), prend son fétiche à témoin dans les circonstances solennelles, et soumet de la sorte à un joug invisible sa passion du moment et son humeur changeante.

Sans doute l'égoïsrae combat cette salutaire influence de la religion; il se persuade que les dieux qu'il paie ne se déclareront jamais contre lui. Plusieurs tribus fétichistes croient pouvoir se parjurer impunément , quand elles ont à faire avec les étrangers , dont elles supposent impossible que leurs fétiches embrassent la cause (i34). Nous verrons cet inconvénient se prolonger chez des peuples civilisés.

C'est beaucoup néanmoins d'avoir créé une garantie dans l'intérieur des peuplades. Les notions qui servent de base à cette garantie ne tarderont pas à s'étendre au-delà des bornes étroites d'un territoire particulier. La religion qui. exerce son influence de Sauvage à Sau-

vage , l'exercera plus tard de nation à nation , et déjà elle s'y prépare.

La croyance des tribus américaines leur faisait un devoir de respecter les envoyés des nations voisines. Ces envoyés, placés sous la protection du grand Esprit, ne pouvaient être maltraités sans crime, et les coupables étaient livrés à une destruction inévitable. Aussi, dit le missionnaire à qui j'emprunte ce fait (i 35) , des messagers , chargés d'annoncer une guerre de dévastation, d'extermination et d'incendie, étaient écoutés en silence et reconduits avec scrupule jusqu'à leur sortie du territoire.

Dans son état le plus grossier, la religion est donc bienfaisante. Cette utilité directe n'est certes, ni la seule, ni la plus importante, et nous nous sommes élevés contre l'idée de la placer en première ligne. Nous la montrerons tout à l'heure plus salutaire encore par les émotions qu'elle fait naître que par les crimes qu'elle interdit. Mais arrêtons - nous maintenant sur ce premier genre d'utilité, bien que subalterne, et prouvons par les faits qu'elle résulte même du fétichisme.

Dans l'île deNuka-Hiva, dit un voyageur (i 36), toutes les lois et toute la police reposent sur la

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