‹ De la religion (volume 3)Chapitre 119 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE IV. }(J'J · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV. }(J'J

lente sont les damnés de cette mythologie; ceux dont la mort est douce en sont les

élus (147)-

Mais il est à remarquer que toutes les fois que des voyageurs ou des missionnaires se sont prévalus de cette distinction pour en faire la base d'une justice distributive, et ont demandé à des Sauvages si les âmes coupables n'étaient pas séparées des âmes innocentes , ceux-ci ont adopté cette séparation avec empressement; et bien que rien ne l'eût annoncé dans leurs récits antérieurs, elle est devenue aussitôt partie de leur croyance. On eût dit que le sentiment n'avait attendu que ce trait de lumière, et qu'il s'emparait de cette espérance, comme appartenant à son domaine.

Néanmoins , de cette imitation de la vie après le trépas , résultent pour la religion un certain abaissement, et pour l'homme une inquiétude constante. Des pratiques en foule sont destinées à mettre les morts au-dessus des besoins dont la tombe même ne les garantit pas. Lès vivants prennent long-temps d'avance des précautions prudentes et pourvoient à leur établissement dans le séjour qui doit tôt ou tard s'ouvrir pour eux. Le chasseur fait

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placer auprès de lui ses flèches, le pêcheur ses filets.

Quand un enfant groenlandais expire, on enterre avec lui le chien le plus fidèle pour qu'il le conduise vers les parents qui l'ont devancé (i4^)- La même victime, immolée au pied de la couche des Hurons malades, doit annoncer leur arrivée aux ombres qui les attendent. Les Iroquois plaçaient autrefois auprès de chaque mort des armes pour combattre, des peaux pour se vêtir, des couleurs pour se peindre (i49)- Quelques-uns, par un raffinement singulier, ensevelissent avec eux leur fétiche même f i5o). Les Lapons font mettre encore aujourd'hui dans leurs cercueils de l'argent , des pierres et de l'amadou pour s'éclairer sur la route (i5i); et les insulaires de Carnicobar aux Indes regarderaient comme un larcin sacrilège , de priver celui qui a cessé de vivre, du service à venir des animaux qui lui appartenaient (102).

Qui ne reconnaît ici l'action combinée de l'intérêt' et du sentiment? Ce que te Sauvage fait pour lui-même n'est que de l'égoïsme : ce qu'il fait pour les morts qu'il a aimés est de la religion. Consolatrice dès cette époque, la

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