‹ De la religion (volume 3)Chapitre 121 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV

pendante de ce corps, dont les accidents et les souffrances l'atteignent. Quand il est n;utilé, l'ame l'est aussi ; elle se ressent de cette mutilation par-delà le trépas , et elle en porte à jamais les traces; aussi les Nègres redoutent -ils beaucoup moins d'être mis à mort que privés de quelques membres (162); et l'une des facultés dont se targuent le plus les Angekoks du Groenland et qui les rend particulièrement recommandables aux yeux des fidèles, consiste à guérir, ou, pour parler leur langue, à raccommoder les âmes blessées.

Chose bizarre! Cette opinion , qui nous paraît si absurde , et presqu'au dessous de l'enfance de l'état social, se reproduit à l'autre extrême de la civilisation. Lorsque les Mogols eurent conquis la Chine, ils ordonnèrent aux vaincus de se raser la tête à la manière des vainqueurs. Des Chinois en foule préférèrent le dernier supplice , de peur que leurs âmes , paraissant chauves devant leurs ancêtres , n'en fussent méconnues et repoussées (i63).

On serait tenté de supposer que la notion de la métempsycose est incompatible avec ces idées. Mais l'homme, dans le vague où il s'agite, n'en est pas à cette contradiction près.

La métempsycose est en elle-même une conception fort naturelle. L'instinct des animaux ressemble quelquefois à la raison : et lorsqu'on reconnaît dans leurs actions les motifs qui dirigent les actions humaines, on est tenté de chercher dans leurs corps les âmes qui ont disparu. Nous remarquons, en conséquence, chez presque toutes les tribus sauvages quelques notions de métempsycose. Mais cette hypothèse ne satisfait aucun de» besoins ultérieurs de l'imagination ; en conséquence , dans la religion pratique, elle est ou rapidement délaissée, ou séparée de toutes les inférences qui en découlent. Bien que les Groenlandais y croient , et que les pauvres parmi eux s'en servent pour obtenir les bienfaits des ri-, ches (164), ils enterrent avec leurs enfants des chiens destinés à leur servir de guides. Les Iroquois, chez lesquels , par une conformité singulière, le grain qu'on enfouit dans la terre est le symbole de l'immortalité, comme dans les mystères et dans l'Évangile, et qui ensevelissent les restes de leurs parents au bord des sentiers, afin que leurs âmes soient plus à portée d'animer les corps formés dans le sein des femmes grosses , n'en parlent pas moins d'un

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