‹ De la religion (volume 3)Chapitre 122 sur 152 · LJVRE II , CHAPITRE IV. 20J · texte numérisé non relu

LJVRE II , CHAPITRE IV. 20J

autre monde, où les morts recommencent les occupations de celui-ci (i65).

Cependant le sentiment religieux, qui améliore tout ce qui tombe sous son influence, paraît se prévaloir, dès l'état sauvage, de cette notion de la métempsycose , pour y placer un mode d'épuration graduelle et un exercice de la justice divine. Suivant les habitants des montagnes de Rajamahall, le corps des animaux est le séjour des âmes dégradées (i66), et si le vice rapproche l'homme de la brute, la vertu doit le rapprocher de la Divinité. Rien ne ressemble plus aux migrations des âmes si célèbres dans la philosophie sacerdotale égyptienne et dans les mystères grecs, où cette philosophie fut transplantée.

Après avoir façonné sa demeure à venir plutôt d'après ce qu'il conçoit que d'après ce qu'il désire , le Sauvage voudrait la décorer de couleurs brillantes. Il voudrait qu'elle fût plus riche en plaisirs que son habitation sur la terre. Le Lapon, que tourmente un ciel ennemi, se commande d'espérer un climat plus doux et une meilleure espèce de rennes (167).

Cependant, malgré l'espoir qu'il s'impose, il est frappé d'une terreur invincible. En dépit

ao4 J>E LA RELIGION.

de lui-même, il se peint la situation qui lui est réservée comme malheureuse.

Le spectacle des derniers moments , les angoisses et les convulsions de l'agonie répandent sur la demeure inconnue dont la route paraît si terrible, une teinte lugubre qui défie tous- les efforts de l'imagination pour la dissiper.

Les âmes se logent, disent les Patagons, dans le corps d'oiseaux aquatiques qu'on distingue à leur vol pénible et à leurs sifflements lamentables. Les aliments dont les morts se nourrissent, suivant les habitants du Chili, sont de saveur amère et de couleur noire. Ainsi , dans l'enfer homérique , les astres sont plus ternes et les fleurs plus sombres. C'est la conception du Sauvage, revêtue des images de la poésie.

Les rêves de l'intérêt, quels qu'ils soient, ne parlant qu'à la partie égoïste de notre nature, ne satisfont point le sentiment religieux, qui seul peut l'emporter sur la répugnance physique que l'image de la destruction inspire à tous les êtres vivants. Ce sentiment ne prend aucune part à ces paradis fantastiques qui ne s'adressent qu'aux yeux et aux sens. Mais de

Page 1