LIVRE 11, CUAPlTKi; V. il
La science, dans ses méditations sur les forces invisibles, s'occupe de la fixité des règles. L'ignorance est captivée tout entière par le désordre des exceptions.
Or, ces exceptions suggèrent à l'esprit des notions toutes contraires à l'unité d'un dieu. Des forces divisées semblent se combattre dans les cieux et sur la terre. La destinée des hommes est exposée à mille influences inattendues et contradictoires, et l'on est tenté d'attribuer à des effets différents des causes différentes (i 8 1).
Jusque-là tout était vrai dans ces raisonnements : mais aussitôt les philosophes en inférèrent que le genre humain n'avait adoré primitivement que des cailloux, des animaux et des branches d'arbres, et ne les avait adorés que par intérêt et par peur. Voir l'homme prosterné devant ces divinités abjectes, était un triomphe pour des incrédules; et nos oreilles, fatiguées, durant un siècle, d'amplifications dévotes sur la pureté du théisme primitif, et de pieuses lamentations sur sa dégradation déplorable, n'ont pas été moins importunées pendant soixante ans, par des déclamations également monotones et aussi peu fondées sur le fétichisme, dont la conception absurde et
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honteuse était, disait-on, la source de toutes les idées religieuses.
L'erreur n'était pas moins palpable dans un sens que dans l'autre. S'il est certain que . l'homme ignorant ne peut s'élever jusqu'au théisme, il l'est également, qu'il y a, même dans le fétichisme, un mouvement qui est fort au-dessus de l'adoration des simples fétiches. Le Sauvage qui les invoque , les considère bien comme des êtres plus forts que lui : sous ce rapport, ce sont des dieux; mais lorsqu'il les punit, les brise ou les brûle, ce sont des ennemis qu'il maltraite , ce ne sont plus des dieux qu'il adore. Le grand Esprit, au contraire, le manitou prototype , n'est point exposé à ces vicissitudes de culte et d'outrage. C'est dans cette notion que le Sauvage concentre ses idées de perfection. Il s'en occupe moins, il n'y pense que par intervalles. L'intérêt du moment l'en détourne ou l'en distrait sans cesse. Peut-être même un instinct, sourd l'avertit qu'il ne doit pas faire intervenir dans le conflit vulgaire de passions brutales l'être qu'il respecte(i 82). Mais il y revient toutes les fois que des émotions profondes ou des affections tendres l'agitent. On peut donc envisager le culte des Sau-