‹ De la religion (volume 3)Chapitre 131 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI

dra d'une extrême importance, Ja distinction entre la magie et la religion.

A proprement parler, la magie n'est que la religion séparée du sentiment religieux, et réduite aux notions que l'intérêt seul suggère. Tous les caractères que l'intérêt prête à la religion se reproduisent dans la magie. La force plus qu'humaine, les secours obtenus de cette force vénale par les invocations et les sacrifices, indépendamment de la morale, et quelquefois en opposition avec ses préceptes, en un mot, l'emploi des puissances inconnues, en faveur des passions et des désirs de l'homme, voilà ce que cherche en tout pays la dévotion égoïste , et voilà ce qu'en tout pays les sorciers promettent.

Les prêtres des hordes sauvages qui ne promettent que les mêmes choses par les mêmes moyens, se distinguent pourtant des sorciers. C'est que la rivalité qui s'élève de prêtre à prêtre les force à chercher des accusations contre leurs adversaires, et qu'il faut que ces accusations ne soient pas de nature à saper la base du pouvoir sacerdotal.

Celles qui s'appuient sur l'existence des dieux malfaisants, dont nous avons vu plus haut l'o-

rigine , réunissent merveilleusement ce double avantage, car elles fortifient la croyance au lieu de l'ébranler : elles créent deux empires surnaturels, qui s'établissent en face l'un de l'autre , se combattant avec les mêmes armes , trouvant pour appuis les mêmes espérances et les mêmes terreurs , et se renvoyant avec un égal acharnement et des probabilités à peu près pareilles la réprobation et les anathêmes.

Les bûchers s'allument donc pour dévorer les sorciers , les flots s'entr'ouvrent pour les engloutir , aux applaudissements des hordes iroquoises (187) ou indiennes (^188), comme autrefois à la grande satisfaction de la populace non moins stupide de Paris ou de Madrid.

Ce n'est que lorsque les progrès de la raison ont décrédité la magie , que les prêtres se résignent à ne voir dans les magiciens que des imposteurs , et ils retardent ces progrès le plus qu'ils le peuvent. Durant combien de siècles n'a-t-on pas dû croire aux sortilèges sous peine d'impiété (189)!

Nous reviendrons plus tard sur cette matière. Nous montrerons les ministres des cultes déchus proscrits comme magiciens , et les

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