‹ De la religion (volume 3)Chapitre 134 sur 152 · LIVRE II, CHAPIÏIIE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPIÏIIE VI

gues et nous proposent pour but de la vie l'intérêt du jour, nous restons silencieux et absorbés , lorsque nous apprenons de nos physiciens modernes à reconnaître, dans l^s couches accumulées de ce globe, les dépouilles de mille générations anéanties qui semblent appeler la nôtre et lui tracer la route qu'elle suivra. Le Sauvage , condamné tour-à-tour à une série d'efforts qui l'épuisent, et à de longs intervalles d'une inaction forcée, durant laquelle son errante imagination succombe à l'ennui, tandis que son corps lutte aussi tour-à-tour contre la douleur des privations ou contre les excès de l'intempérance, médite dans sa hutte et à sa manière, non sur ce qu'il sait, mais sur ce qu'il craint. Chez toutes les hordes, on rencontre des traditions relatives à l'anéantissement du monde (206). Les dieux bienfaisants relardent avec peine ce moment affreux. A qui s'adressera le Sauvage , pour encourager ses protecteurs et pour désarmer ses ennemis, si ce n'est au jongleur, dont les prières sont efficaces et dont la voix terrible peut contraindre après avoir supplié ? Quand les astres se voilent , quand des éclipses disputent à la lune sa pâle lumière , les hordes , réunies sur la cime des

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