‹ De la religion (volume 3)Chapitre 138 sur 152 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Conséquences de Vinfluence des jongleurs sur le culte des Sauvages.

JLi'APPARiTioN d'un sacerdoce, dans le culte des Sauvages, est accompagnée, on le croira sans peine, de conséquences très-importantes.

Nous avons peint l'homme combattu, pour tout ce qui tient à la religion, par deux mouvements contraires.

L'un , désintéressé , se nourrit des sacrifices mêmes qu'il s'impose, se complaît dans le dévouement et dans toutes les conceptions hautes et sublimes, répand sur ces conceptions une sorte de rêverie vague, et dans son essor rapide et inattendu, met quelquefois la croyance de la horde la plus ignorante de pair avec la doctrine la plus épurée.

L'autre mouvement, égoïste, ardent, mer-, cenaire, travestit le sacrifice en trafic, n'admet que des notions positives, et précipite l'adoration dans la sphère étroite et orageuse des intérêts de la terre.

C'est de celui-ci que les jongleurs doivent s'appliquer d'abord à se rendre maîtres. Leur autorité s'accroît de tout l'appui qu'ils prêtent aux notions suggérées par l'intérêt. Ils tournent donc , le plus exclusivement qu'ils le peuvent , vers cette portion de la religion , l'attention du Sauvage. Ils le distraient de l'idée du grand Esprit , qui , dans son immensité et son éloignement de la race humaine , est trop au-dessus des supplications journalières et des besoins de chaque moment. Ils concentrent les vœux des hordes qui les écoutent, dans leurs relations matérielles avec les fétiches, puissances subalternes, plus au niveau de l'homme, et qui appartiennent au plus offrant. Ils les confirment dans la supposition que les dieux font de leurs faveurs un objet de commerce, et qu'on s'assure leur protection en rassasiant leur faim vorace , ou en flattant leur vanité ombrageuse. Ils s'étendent, avec une exagération calculée, sur l'avidité.

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