‹ De la religion (volume 3)Chapitre 141 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

Vons déjà observé, le sacerdoce se prévaut de cette notion pour recommander des abstinences cruelles et exagérées, mais il exige bientôt une abnégation d'un genre contraire et bien plus étrange.

Dans le royaume de .luidah, les prétresses enlèvent les filles des familles les plus distinguées, et après des épreuves rigoureuses, les instruisent dans tous les arts de la volupté et les vouent au métier de courtisanes (223). Chez d'autres Nègres une corporation de prêtres, ou une confrérie religieuse (224), compose des hymnes obscènes qui sont chantés en public aux fêtes solennelles avec d'indécentes attitudes.

Ainsi nous pouvons apercevoir, en remontant jusqu'à l'état sauvage, le motif caché de la prostitution des Babyloniennes, et des danses immodestes des femmes de Memphis, faits niés beaucoup trop légèrement par des écrivains qui en ignoraient la cause (225).

L'homme dès sa première enfance a cru ne faire jamais assez pour honorer ses dieux. La nature l'invitait au plaisir, il a sacrifié le plaisir pour leur plaire ; la nature lui prescrivait la pudeur, il leur a offert la pudeur en holo-

causte. Mais c'est au sacerdoce qu'appartient ce dernier raffinement. Il a découvert dans la lutte qui s'élevait entre le sentiment intérieur et des pratiques obscènes le sujet d'un triomphe nouveau pour la religion, triomphe en sens inverse de celui qu'elle avait remporté sur l'attrait des sexes : et après avoir interdit à la jeune vierge les chastes embrassements d'un époux , il l'a traînée devant ses divinités hideuses pour la profaner et la flétrir.

Cette vérité deviendra évidente, quand nous montrerons dans les religions soumises aux prêtres et dans ces religions seules (226), les fêtes les plus scandaleuses autorisées ou même ordonnées, et le sacerdoce punissant d'un côté par d'affreux supplices la moindre déviation des préceptes de la continence , et d'une autre part frappant d'anathème la répugnance aux obscénités prescrites et aux orgies commandées (227).

Ce n'est donc point le sentiment religieux qu'il faut accuser de ces déviations déplorables. Susceptible , sans doute , de s'égarer , comme toutes les émotions de notre ame, il trouve dans ces émotions mêmes un remède assuré contre ses égarements. La pureté, la

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