‹ De la religion (volume 3)Chapitre 142 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VII

pitié , la sympathie , cette vertu céleste que dans la langue religieuse on a nommée charité , et qui n'est que l'impossibilité de voir la douleur sans la secourir, sont ses inséparables compagnes. Il est forcé par leur nature commune d'abjurer bientôt les pratiques féroces ou licencieuses qui souillent son berceau ; et nous fournirons, dans le cours de notre ouvrage , de nombreuses et incontestables preuves qu'elles ne se prolongent qu'à la faveur d'une autorité qui n'a rien de commun avec le sentiment religieux.

Cette autorité terrible , implacable , enregistre les folies humaines , travestit le délire en doctrine, l'épouvante en systènîe, la barbarie en devoir.

Alors apparaissent les résultats funestes qu'on a si souvent attribués à la religion. Elle se complique de mille pratiques cruelles et ridicules. Les dieux, féroces de caractère, sont hideux de forme : le sentiment travaille à les embellir : le sacerdoce les maintient horribles , et le succès de ses tentatives lègue leur figure repoussante à des époques plus civilisées (228). ;:

A de telles idoles il faut de sanguinaires 1. 16

•xl^l DE LA RELIGION.

offrandes, <les rites révoltants, d'effroyables holocaustes.

Cette désastreuse influence des combinaisons sacerdotales traverse les siècles. Si dans les croyances les plus épurées, nous prenions à la lettre les épithètes qui accompagnent le plus souvent la mention des forces ou des volontés divines, nous penserions que l'homme trouve un plaisir étrange à trembler devant les êtres odieux et barbares auxquels il soumet sa destinée. Tous les maux dont l'espèce humaine est accablée, il en voit l'origine dans la malfaisance de ces persécuteurs acharnés. Tantôt ils sèment les maladies, déchaînent les tempêtes, soulèvent les flots, arment le soleil d'ardeurs dévorantes, ou l'hiver d'insupportables frimas : tantôt conspirant contre le monde qu'ils ont créé , ils brûlent de l'anéantir. Ils l'ébranlent dans ses fondements; la lune et les astres sont menacés par des monstres (2 29); l'abyme est prêt à s'en Ir ouvrir : ainsi devient plus terrible ce dogme de la destruction de l'univers, dont nous avons parlé ci-dessus, et qui, sous les formes imposantes d'une cosmogonie ténébreuse , occupera bientôt dans les doctrines des prêtres une place éminente.

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