LIVRE II, CHAPITRE VII
Ces considérations paraissent bien propres à nous faire considérer l'existence des jongleurs comme un fléau pour les hordes sauvages. Mais quelques réflexions doivent nous engager à ne pas prononcer légèrement sur cette question.
En premier lieu , l'influence de la caste sacerdotale dans l'état sauvage est assez bornée , en dépit des efforts de cette caste. Le fétiche du Nègre ou le manitou de l'Américain sont des êtres portatifs et disponibles , compagnons fidèles de leurs expéditions de chasse ou de guerre , alliés de leurs haines , confidents de leurs amours L'adorateur peut non-seulement consulter lui - même son idole dans toutes les circonstances ; il peut , ainsi que nous l'avons vu, la quitter pour une autre, ou la punir, quand elle s'est jouée de ses espérances.
Cette légèreté , dans ses relations avec son dieu , lui inspire assez peu de vénération pour ses ministres , et la facilité qu'il rencontre à faire avec ce dieu son traité directement, lui rend souvent l'intervention étrangère importune ou superflue.
Dans toute l'Amérique septentrionale, les jongleurs se bornent à indiquer les sacrifices
destinés à plaire aux dieux : et les pères de famille ou les plus considérables de chaque cabane président de droit à la cérémonie (aSoj. Il en est de même chez les Tschéréraisses et plusieurs tribus voisines ou dépendantes de la Russie (2 3 1). Aussi les jongleurs, quoi qu'ils fassent, n'ont qu'un crédit accidentel et précaire. Ils ne sont guère moins ignorants que le reste de la tribu qu'ils gouvernent : associés par l'esprit de corps, mais rivaux pour le profit de chaque heure , ils se décrient encore plus souvent qu'ils ne se concertent (aSa). Malgré leur résistance , des aventuriers sans mission ceignent aussi la-tiare et marchent leurs émules (233). Leur métier n'est au fond qu'un moyen douteux de gain personnel, diminué par la concurrence (a 34). Leur autorité est à la merci d'une opinion variable et flottante. Créatures de cette opinion , ils parviennent rarement à s'en rendre les maîtres (2 35).
Secondement , les inconvénients très-réels et très-graves de l'influence des jongleurs ne forment qu'un côté de la question.
Pour l'embrasser dans toute son étendue, il faut considérer que moins un peuple est éclairé, plus le sacerdoce est inséparable de