LIVRE I , CHAPITRE I. y
tilde et l'habitude de la pensée. Comment la religion , qui n'a rien d'effrayant pour de tels hommes , leur devient-elle un objet de répugnance et d'hostilité? Son absurdité leur seraitelle donc tellement démontrée? mais euxmêmes reconnaissent que le raisonnement ne conduit qu'au doute. Par quel renversement singulier d'idées le recours innocent et naturel d'un être malheureux à des êtres secou râbles a-t-il quelquefois provoqué leur haine , au lieu d'exciter en eux la sympathie qu'il semble appeler ?
Qui oserait , en jetant un regard sur la carrière qui nous est tracée , déclarer ce recours inutile ou superflu ? Les causes de nos douleurs sont nombreuses. L'autorité peut nous poursuivre, le mensonge nous calomnier. Les liens d'une société toute factice nous blessent. La destinée nous frappe dans ce que nous chérissons. La vieillesse s'avance vers nous , époque sombre et solennelle , où les objets s'obscurcissent et semblent se retirer , et où je ne sais quoi de froid et de terne se répand sur tout ce qui nous entoure. Nous cherchons partout des consolations, et presque toutes nos consolations sont religieuses. Lorsque le
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monde nous abandonne , nous formons une alliance au-delà du monde. Lorsque les hommes nous persécutent , nous nous créons un appel par-delà les hommes. Lorsque nous voyons s'évanouir nos illusions les plus chéries , la justice, la liberté, la patrie, nous nous flattons qu'il existe quelque part un être qui nous saura gré d'avoir été fidèles , malgré notre siècle , à la justice , à la liberté , à la patrie. Quand nous regrettons un objet aimé, nous jetons un pont sur l'abîme et le traversons par la pensée. Enfin , lorsque la vie nous échappe , nous nous élançons vers une autre vie. Ainsi , la religion est la compagne fidèle, l'ingénieuse et infatigable amie de l'infortuné. Celui qui regarde comme des erreurs toutes ses espérances, devrait, ce nous semble, être plus profondément ému que tout autre , de ce concours universel de tous les êtres souffrants, de ces demandes de la douleur , s'élevant vers un ciel d'airain de tous les points de la terre , pour rester sans réponse, et de l'illusion secourable qui nous transmet comme une réponse le bruit confus de tant de prières, répétées au loin dans les airs.
Mais on a dénaturé la religion. L'on a