‹ De la religion (volume 3)Chapitre 32 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE I. IQ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I. IQ

On n'a jamais voulu reconnaître ce que rhomme était. On a interrogé les objets extérieurs sur les dispositions inhérentes à son être. Il n'est pas étonnant qu'ils n'aient pu répondre. On a recherché l'origine de la religion, comme on a recherché celle de la société, celle du langage. L'erreur a été la même dans toutes ces recherches. On a commencé par supposer que l'homme avait existé sans société , sans langage , sans religion. Mais cette supposition impliquait qu'il pouvait se passer de toutes ces choses , puisqu'il avait pu exister sans elles. En partant de ce principe on devait s'égarer. La société, le -langage, la religion sont inhérents à l'homme : les formes varient. On peut demander la cause de ces variétés. On peut s'appliquer à découvrir pourquoi l'homme en société a tel genre de gouvernement; pourquoi dans telle religion il y a telle pratique ou tel dogme; pourquoi telle langue a de l'affinité avec telle autre. Mais prétendre remonter plus haut, c'est une tentative chimérique, un moyen sûr de ne parvenir à aucune vérité. Assigner à la religion, à la sociabilité, à la faculté du langage, d'autpes causes que la nature de l'homme, c'est

se tromper volontairement. L'homme n'est pas religieux parce qu'il est timide ; il est religieux parce qu'il est homme. Il n'est pas sociable parce qu'il est faible ; il est sociable parce que la sociabilité est dans son essence. Demander pourquoi il est religieux, pourquoi il est sociable, c'est demander la raison de sa structure physique et de ce qui constitue son mode d'exister (6).

On est tombé dans une seconde erreur. On a cru , parce qu'il s'agissait d'une chose qui a beaucoup d'influence sur les hommes, qu'il fallait ou détruire ou maintenir : et dans les projets de destruction comme dans les projets de conservation, l'on a confondu ce qui était nécessairement passager et périssable avec ce qui était non moins nécessairement éternel et indestructible.

Il y a, nous l'avons dit, quelque chose d'indestructible dans la rehgion. Elle n'est ni une découverte de l'homme éclairé qui soit étrangère à l'homme ignorant, ni une erreur de l'homme ignorant dont l'homme éclairé se puisse affranchir. Mais il faut distinguer le fond d'avec les formes , et le sentiment religieux d'avec les institutions religieuses : non

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