‹ De la religion (volume 3)Chapitre 34 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE 1, a · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE 1, a

feu , polir les faire coopérer à ces transformations merveilleuses; braver le climat par les précautions , et le temps par les édifices ; s'assujettir, en un mot, la nature physique ; se la rendre esclave, et tourner ses forces contre elle-même : ce ne sont là que les premiers pas de l'homme vers la conquête de l'univers. Bientôt, s'élevant plus haut encore, il dirige contre ses propres passions sa raison éclairée par l'expérience. Il impose un joug uniforme à ses ennemis intérieurs, plus rebelles que tous les obstacles extérieurs qu'il a vaincus. Il obtient de lui-même et de ses semblables des sacrifices qu'on eût dit impossibles. Il parvient à faire respecter la propriété par celui qu'elle exclut, la loi par celui qu'elle condamne. De rares exceptions facilement réprimées ne dérangent en rien l'ordre général. Alors, l'homme, considéré toujours sous des rapports purement terrestres, semble être arrivé au faîte de son perfectionnement moral et physique. Ses facultés sont admirablement combinées pour le guider vers ce but. Ses sens, plus parfaits que ceux des espèces inférieures, sinon chacun en particuher, du moins tous ensemble , par la réunion et

par l'assistance mutuelle qu'ils se prêtent ; sa mémoire , si fidèle , qui lui retrace les objets divers , sans leur permettre de se confondre ; son jugement qui les classe et les compare; son esprit qui, chaque jour, lui dévoile en eux de nouveaux rapports ; tout concourt à le conduire rapidement à des découvertes successives, et à consolider ainsi son empire.

Cependant au milieu de sçs succès et de ses triomphes, ni cet univers qu'il a subjugué, ni ces organisations sociales qu'il a établies , ni ces lois qu'il a proclamées , ni ces besoins qu'il a satisfaits , ni ces plaisirs qu'il diversifie , ne suffisent à son ame. Un désir s'élève sans cesse en lui et lui demande autre chose. Il a examiné , parcouru , conquis , décoré la demeure qui le renferme , et son regard cherche une autre sphère. Il est devenu maître de la ipature visible et bornée , et il a soif d'une nature invisible et sans bornes. Il a pourvu à des intérêts qui , plus compliqués et plus factices , semblent d'un genre plus relevé. Il a tout connu, tout calculé, et il éprouve de la lassitude à ne s'être occupé que d'intérêts et de calculs. Une voix crie au fond de lui-même , et lui dit que toutes ces choses ne sont que

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