LIVRE I, CHAPITRE I. SJ
du mécanisme, plus ou moins ingénieux, plus ou moins parfait, mais qui ne peut servir de terme ni de circonscription à son existence , et que ce qu'il a pris pour un but n'était qu'une série de moyens.
Il faut bien que cette disposition soit inhérente à l'homme , puisqu'il n'est personne qui n'ait, avec plus ou moins de force, été saisi par elle , dans le silence de la nuit , sur les bords de la mer, dans la solitude des campagnes. Il n'est personne qui ne se soit, pour un instant , oublié lui-même , senti comme entraîné dans les flots d'une contemplation vague , et plongé dans un océan de pensées nouvelles, désintéressées, sans rapport avec les combinaisons étroites de cette vie. L'homme le plus dominé par des passions actives et personnelles a pourtant, malgré lui, subitement, de ces mouvements qui l'enlèvent à toutes les idées particulières et individuelles. Ils naissent en lui lorsqu'il s'y attend le moins. Tout ce qui au physique tient à la nature , à l'univers , à l'immensité ; tout ce qui au moral excite l'attendrissement et l'enthousiasme; le spectacle d'une action vertueuse , d'un généreux sacrifice, d'un danger bravé courageusement, de
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la douleur d'autrui secourue ou soulagée, le mépris du vice, le dévouement au malheur, la résistance à la tyrannie , réveillent et nourrissent dansl'ame de l'homme cette disposition mystérieuse; et si les habitudes de l'égoïsme le portent à sourire de cette exaltation momentanée , il n'en sourit néanmoins qu'avec une honte secrète qu'il cache sous l'apparence de l'ironie , parce qu'un instinct sourd l'avertit qu'il outrage la partie la plus noble de son être.
Ajoutons qu'en nous étudiant bien dans ces heures si courtes et si peu semblables à tout le reste de notre existence , nous trouverons qu'à l'instant où nous sortons de cette rêverie et nous laissons reprendre par les intérêts qui nous agitent, nous nous sentons comme descendre d'un lieu élevé dans une atmosphère plus dense et moins pure, et nous avons besoin de nous faire violence pour rapprendre ce que nous nommons la réalité.
Il existe donc en nous une tendance qui est en contradiction avec notre but apparent et avec toutes les facultés qui nous aident à marcher vers ce but. Ces facultés , toutes adaptées à notre usage, correspondent entre elles pour