LIVRE 1, CHAPITRE II. "ij
le blesse pas , et il s'agite jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée.
Voilà l'histoire de la religion; on doit voir maintenant que si l'on confond le sentiment et la forme , on ne s'entendra jamais.
En effet, comment expliquerez -vous, sans cette distinction , la suite des phénomènes religieux qui frappent nos regards dans les annales des différents peuples?
Pourquoi , par exemple , lorsqu'une forme religieuse est établie, et que la civilisation s'est élevée à un certain degré, l'incrédulité se manifeste -t- elle infailliblement avec une audace toujours croissante? La Grèce, Rome, l'Europe moderne , nous démontrent ce fait.
Vouloir l'expliquer par l'ascendant de quelques individus qui tout - à - coup , on ne sait pourquoi , se plaisent à saper dans leur base des dogmes respectés , c'est prendre l'effet pour la cause, et le symptôme pour la maladie.
Les écrivains ne sont que les organes des opinions dominantes. Leur accord avec ces opinions , leur fidélité à les exprimer , fondent leur succès. Placez Lucien dans le siècle d'Homère , ou seulement de Pinda're , faites naître
Voltaire sous Louis IX ou sous Louis XI , Lucien et Voltaire n'essaieront pas même d'ébranler la croyance de leurs contemporains. Ils le tenteraient inutilement. Les applaudissements que de leur temps ils ont obtenus, les éloges qui les ont encouragés, ils en sont redevables moins à leur mérite qu'à la conformité de leurs doctrines avec celles qui commençaient à s'accréditer. Ils ont dit sans ménagement et sans retenue ce que tout le monde pensait. Chacun se reconnaissant en eux, s'est admiré dans son interprète.
Ce n'est pas une fantaisie chez les peuples que d'être dévots ou irréligieux ; la logique est un besoin de l'esprit, comme la religion est un besoin de l'ame. On ne doute point, parce qu'on veut douter, comme on ne croit point, parce qu'on voudrait croire.
Il y a des époques où il est impossible de semer le doute , il y en a d'autres où il est impossible de raffermir la conviction.
D'où viennent ces impossibilités en sens opposés ?
C'est que l'intelligence a fait des progrès , et que la forme étant restée la même, n'est plus^ en quelque sorte , qu'une déception. Le senti-