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ment religieux lutte contre cette déception. Il se glisse, quelquefois à l'insu de celui qui l'éprouve, dans les religions positives, mais l'instinct de leurs ministres le découvre et le combat.
Les philosophes de l'antiquité, jusqu'à Épicure exclusivement, n'ont fait, pour la plupart, qu'exprimer cette tendance du sentiment religieux (9). Us n'avaient point d'intentions irréligieuses. Leurs efforts pour épurer la croyance étaient si peu hostiles , qu'ils défendaient avec conviction l'ensemble dont ils auraient voulu modifier ou plutôt écarter quelques détails. Mais les religions positives ne savent aucun gré de cette espèce de bienveillance. Pour elles, les réformateurs sont des ennemis. On connaît la mort de Socrate, et l'exil d'Anaxagore. Deux mille ans plus tard , l'amour pur de Fénélon , qui n'était autre chose que le sentiment religieux cherchant à se placer sous des dogmes fixes et à se concilier avec ces dogmes, fut condamné comme une hérésie (10).
Or la persécution a des effets qui sont infaillibles. Le désir de briser le joug d'une forme qui se montre oppressive et vexatoire devient
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l'unique objet vers lequel se dirige le travail de la pensée.
L'activité de l'imagination, la subtilité du raisonnement, se tournent contre ce que le raisonnement trouvait naguère plausible , contre ce que l'imagination se plaisait à révérer ; en un mot, le sentiment religieux se sépare de sa forme.
Mais comme alors les persécutions redoublent, elles font naître dans les âmes révoltées une sorte de fanatisme d'incrédulité qui saisit et enivre les portions éclairées , les classes supérieures de la société, , et cette incrédulité attaque bientôt le sentiment religieux luimême. Étouffé jusqu'alors par la forme matérielle, il rencontre plus de défaveur encore durant le combat que se livrent l'incrédulité et la religion. Comme les révolutions contre le despotisme sont suivies d'ordinaire d'un moment d'anarchie, l'ébranlement des croyances populaires est accompagné d'une haine et d'un mépris effréné contre toutes les idées religieuses : et bien qu'au fond , en dépit de cette impulsion désordonnée , le sentiment religieux conserve ses droits; bien que cet enthousiasme pour la nature, pour le grand tout,
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que nous remarquons chez les écrivains les plus incrédules , et qui , à juste titre , nous paraît bizarre , ne soit que le sentiment religieux se reproduisant sous un autre nom au sein de l'athéisme lui-même, les apparences n'en indiquent pas moins l'incrédulité la plus complète , et l'on dirait que l'homme a pour jamais abjuré tout ce qui tient à la religion.
Mais ici se présente un nouveau problème , et c'est encore la distinction entre le sentiment et la forme qui seule peut l'expliquer.
Comment se fait-il que toutes les fois que les religions positives sont entièrement décréditées, l'homme se précipite dans les superstitions les plus effroyables ?
Voyez les habitants du monde civilisé durant les trois premiers siècles de notre ère. Contemplez -les tels que nous les décrit Plutarque , honnête écrivain qui aurait désiré être dévot, qui s'imaginait quelquefois l'être , mais que poursuivaient malgré lui l'incrédulité contemporaine et la contagion du scepticisme.
A côté de ce scepticisme, invincible dans ses arguments, péremptoire dans ses dénégations, triomphant dans son ironie, un déluge
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de superstitions grossières et souvent féroces envahit tout l'univers policé. L'ancien polythéisme est tombé, un autre le remplace, occulte , sombre , bizarre , auquel chacun se livre , et dont chacun rougit. Aux cérémonies régulières des pontifes , succèdent les courses tumultueuses des prêtres isiaques, derniers auxiliaires et alliés suspects d'un culte expirant, tour-à-tour repoussés et rappelés par ses ministres, désespérant de leur cause. Missionnaires turbulents et méprisés , danseurs indécents , prophètes fanatiques , mendiants importuns, les cheveux épars, le corps déchiré, la poitrine sanglante , privés de leur sexe qu'ils ont abjuré , de leur raison qu'ils ont étourdie, ils promènent les simulacres ou les reliques des divinités dans les bourgs et les villages. Ils remplissent l'air de leurs hurlements ; ils étonnent la foule par des contorsions grotesques, ils l'effraient par des convulsions hideuses : et cette foule que ne touchaient plus les pompes antiques , sent sa dévotion ranimée par cette irruption de jongleurs sauvages, chez des peuples qu'on croit éclairés (u). Les pratiques ordinaires qui ne suffisent plus à la superstition devenue bar-