‹ De la religion (volume 3)Chapitre 42 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE H · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE H

bare, sont remplacées par le hideux taurobole , où le suppliant se fait inonder du sang de la victime. De toutes parts pénètrent dans les temples, malgré les efforts des magistrats, les rites révoltants des peuplades les plus dédaignées. Les sacrifices humains se réintroduisent dans la religion et déshonorent sa chute , comme ils avaient souillé sa naissance. Les dieux échangent leurs formes élégantes contre d'effroyables difformités ; ces dieux, empruntés de partout, réunis, entassés, confondus , sont d'autant mieux accueillis que leurs dehors sont plus étranges. C'est leur foule que l'on invoque , c'est de leur foule que l'imagination veut se repaître. Elle a soif de repeupler, n'importe de quels êtres, le ciel qu'elle s'épouvante de trouver muet et désert. Les sectes se multiplient, les inspirés parcourent la terre , l'autorité politique ne sait plus comment conjurer à la fois l'incrédulité qui menace ce qui existe , et les doctrines délirantes qui veulent remplacer ce qui existait. 'Elle contracte avec les pontifes du culte ébranlé d'impuissantes alliances. Elle s'épuise en exhortations inutiles encore plus que pathétiques. Elle s'arme pour le passé (12),

mais elle ne réussit qu'à en maintenir la trompeuse apparence , tandis que la raison dispute l'avenir aux erreurs inattendues qui le réclament comme leur conquête.

Ces erreurs ne sont point le partage exclusif de la classe ignorante. Le délire envahit tous les rangs de la société. Les Romains les plus efféminés , les femmes les plus délicates , gravissent prosternés les degrés du Capitole , et se félicitent d'arriver au faîte les genoux ensanglantés (i 3). Dans le palais des empereurs et dans les appartements des dames romaines, on voit tous les monstres de l'Egypte , des simulacres à tête de chien , de loup , d'épervier , et ces scandaleux symboles montrés autrefois dans les mystères comme emblèmes de la force créatrice , mais devenus les objets à la fois de la dérision et de l'adoration publique , et ces statues panthées , indiquant l'énigmatique assemblage et le mélange de tous les dieux ( 1 1\).

Tout cela néanmoins ne satisfait pas l'espèce humaine. Elle retrouve la terreur, mais elle cherche en vain la croyance , et c'est de croyance qu'elle aurait besoin. Le même Plutarque nous peint les hommes de tous les

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