‹ De la religion (volume 3)Chapitre 52 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

gurée par ses ministres , les amis de la liberté peuvent devenir des incrédules, et ces incrédules sont alors les hommes les plus distingués de cette nation. Lorsqu'un gouvernement vexatoire a maintenu par la force la superstition qui appuyait ses injustices , les amis de la liberté peuvent devenir des incrédules, et ces incrédules sont alors des héros et des martyrs; mais leurs vertus mêmes sont des souvenirs d'une autre doctrine. C'est dans leur système une noble inconséquence , c'est un héritage du sentiment religieux. Ils doivent à cet héritage leur force intérieure. En effet, ce sentiment n'est-il pas l'asyle où se réunissent , audessus de l'action du temps et de la portée du vice, les idées qui font le culte des hommes vertueux sur cette terre? N'est-il pas le centre où se conserve la tradition de ce qui est bon , grand et beau , à travers l'avilissement et l'iniquité des siècles? Ne répond-il pas à la vertu dans sa langue , quand le langage de tout ce qui l'environne est celui de la bassesse et de l'abjection? Aussi quand des amis de la liberté sont privés de ces consolations et de cet espoir, voyez leur ame s'efforcer toujours de ressaisir l'appui qui lui échappe. Cassius ,

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nourri des maximes d'Épicure et rejetant avec lui toute existence après cette vie, invoquait au sein des combats les mânes du grand Pompée, et dans ses derniers entretiens avec Brutus, « Oui, s'écriait-il, il serait beau qu'il y eût des génies qui prissent intérêt aux choses humaines. Il serait beau que nous fussions forts, non-seulement de nos fantassins et de notre flotte, mais aussi du secours des immortels dans une cause si noble et si sainte (2 5). »

Telle est donc la tendance invariable du sentiment religieux. C'est entre lui et la liberté, entre l'absence de ce sentiment et la tyrannie, qu'existent la nature identique, le principe homogène.

Mais un élément de nature opposée se glisse quelquefois dans les formes religieuses. Un pouvoir spirituel, né du besoin d'établir des communications régulières entre la terre et le ciel, peut se coaliser avec le pouvoir politique : et la religion qui avait proclamé la liberté et l'égalité de tous, devient trop souvent l'auxiliaire de la tyrannie de quelques-uns.

Remarquez-le bien toutefois : même alors ce ne sont pas des hommes religieux qui signent ce pacte. Les membres des corporations

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