‹ De la religion (volume 3)Chapitre 64 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Vf

tence humaine; mais architecte aveugle, il n'a pu, de ces matériaux épars, construire un nouvel édifice. Il n'est résulté de ses efforts que des destructions , de ces destructions qu'un chaos où il a laissé sa puissante empreinte.

M. de Montesquieu, enfin, aurait, par son esprit plus encore que par son arae, pu répandre sur ce qui tient à la religion des lumières nouvelles. Il ne pouvait approcher d'aucun objet sans entrevoir beaucoup de vérités; et comme toutes les vérités se tiennent, remontant des faits qu'il démêlait avec une sagacité admirable à la cause commune de ces effets nombreux, il eût peut-être aperçu le principe général à travers des modifications infiniment variées. Mais outre que le génie même ne devance son siècle que jusqu'à une certaine distance , M. de Montesquieu dans l'Esprit des Lois n'avait à examiner la religion qu'accidentellement ; il n'en a dit que ce qu'il était forcé d'en dire. En lisant ce chef-d'œuvre du XVIII^ siècle, on croit voir l'auteur écartant les idées qui se pressent à lui jusqu'à l'importunité, comme Enée repoussait les ombres avec son épée pour se faire jour à travers la foule.

La révolution française , produite parce que nous avions trop de lumières pour vivre sous l'arbitraire, a dévié de sa route parce que nous n'avions pas assez de lumières pour profiter de la liberté. Elle a déchaîné une multitude qu'aucune méditation n'avait préparée à cet affranchissement subit. Elle n'a pas tardé à se transformer en une force matérielle, sans frein comme sans règle, dirigée contre toutes les institutions dont les imperfections l'avaient provoquée. La religion a été en butte à la persécution la plus exécrable. Il s'en est suivi ce qui devait s'ensuivre; la réaction a été d'autant plus forte, que l'action avait été plus injuste et plus violente. Parmi les écrivains actuels de la France, plusieurs de ceux qui s'intitulent les défenseurs de la religion , hommes non moins ignorants de l'histoire que les démagogues leurs prédécesseurs, et non moins aveuglés sur les conséquences de toutes les mesures tyranniques, proposent, comme une découverte en faveur de la rehgion, de vieux attentats qui ont échoué sous François T"^, sous Philippe II, sous Marie d'Angleterre et sous Louis XIV. Misérables sophistes, non moins perfides envers les gouvernements qu'envers les peuples.

Page 1