‹ De la religion (volume 3)Chapitre 65 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE

Ainsi la religion a été traitée en France d'une manière toujours partiale et souvent superficielle. Elle a tour-à-tour été défendue avec une pédanterie virulente et hostile, attaquée avec une animosité sans discernement.

A.-t-elle trouvé en Angleterre des partisans moins passionnés, ou des ennemis plus équitables?

Par une heureuse réunion de circonstances, le protestantisme, bien qu'établi de force sous Henri VIII, s'est, grâce aux cruautés de Marie et aux tentatives impuissantes des Stuarts, identifié avec la constitution qui a fait long-temps l'orgueil de l'Angleterre. Mais il en est résulté que là , plus que chez aucune autre nation éclairée, la religion est une chose dogmatique (3ii) , inaccessible à toute discussion libre et impartiale.

Warburton, Hurd, Tillotson ont l'esprit dominateur de Bossuet sans avoir son génie. L'Église anglicane est pour eux, ce qu'était pour l'évéque de Meaux l'Église de Rome, avec cette différence qu'en eux l'intolérance est plus absurde , puisque , en contestant à d'autres le droit d'être hérétiques , ils abdiquent celui d'être protestants. Les écrivains d'un ordre inférieur

ont en général plus d'érudition classique que nos théologiens, mais leur point de vue n'est pas plus large. Ils ne pénètrent pas mieux dans l'esprit des siècles antiques et des peuples lointains, leur philosophie n'est pas plus libérale, leur logique ne s'agite pas dans un cercle moins vicieux.

Les sectaires anglais ont sans doute répandu quelque clarté sur l'histoire des premiers siècles du christianisme. Toute lutte fait toujours jaillir un peu de lumière. Mais ces dissidents, soumis autant que les orthodoxes à l'esprit dogmatique qui caractérise la nation entière, ne sortent point de l'enceinte tracée par le dogme, c'est dans cette enceinte qu'ils s'agitent. Ils combattent pour des interprétations, et ce sont encore là de ces disputes où tous les partis ayant adopté des bases communes, aucun ne s'occupe des vérités primordiales, le sujet de la querelle n'étant qu'une conséquence de plus ou de moins à tirer de ce qu'on a d'avance proclamé comme étant la vérité.

Parmi les incrédules, plus mal vus en Angleterre qu'ailleurs , parce que les Anglais se souviennent que l'un des moyens employés par Charles II pour détruire la liberté nationale,

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